ENTRETIEN. Drogue saisie à Avallon : "on s'attendait malheureusement à des résultats", dit le commandant de la gendarmerie de l'Yonne

L'opération "place nette" a notamment permis la saisie de 75 kilos de cannabis dans l'Yonne, dont 70 au domicile familial de la maire d'Avallon Jamilah Habsaoui. Auprès de France 3 Bourgogne, le commandant du groupement de gendarmerie de l'Yonne Nicolas Nanni revient sur ce vaste coup de filet.

Elles ont été menées partout sur le territoire, avec des résultats qui ont parfois fait grand bruit. Au terme des opérations "place nette" dans l'Yonne, ce sont pas moins de 75 kilos de cannabis, 126 000 euros ou encore 19 armes qui ont été saisies par les gendarmes. En prime, 24 personnes ont été interpellées... dont la maire (DVG) d'Avallon, Jamilah Habsaoui, et deux de ses frères. L'un, Rachid, a reconnu être une "nourrice" (une personne qui garde et cache la drogue, ndlr) et affirme, via son avocat, que sa soeur est innocente.

À France 3 Bourgogne, le commandant du groupement de gendarmerie de l'Yonne, Nicolas Nanni, qui a supervisé l'ensemble de ces opérations dans le département, détaille les dessous de ce coup de filet.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ces opérations "place nette" ?

Nicolas Nanni : "Elles ont été amorcées au 1er octobre 2023. Pour être exact, on ne les appelait pas "place nette" à l'époque, mais "Tempête". C'est à la suite des déclarations du président de la République et des engagements qu'il a pris qu'elles ont été rebaptisées.

Nous avons travaillé pendant six mois dessus. Ça a été un travail de longue haleine qui a accouché, comme vous avez pu le voir, à partir du 26 mars jusqu'au 12 avril".

Comment le travail a-t-il été mené ?

N.N : "Nous nous sommes organisés en plusieurs groupes. Un premier sur le volet "judiciaire", un deuxième sur le volet "mobilité" et un troisième sur le volet "sécurisation". Le premier a pour objectif de valoriser les renseignements criminels qu'on a sur un certain nombre de dossiers. Le deuxième sert à analyser les axes de communication qui peuvent être vecteurs de menace, le dernier se concentre sur les villes.

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L'objectif de tous ces groupes de travail, c'est de faire en sorte que les informations que l'on recueille servent à caractériser des infractions et, de là, lancer des enquêtes. Car ce qui interroge la sécurité de la population icaunaise, c'est le stupéfiant, qui alimente leur sentiment d'insécurité".

Les quantités saisies sont-elles surprenantes ?

N.N : "On s'attendait malheureusement à des résultats parce que la ruralité n'est pas exemptée de ce type de phénomène. Après, tout le travail que nous avons fait en amont des saisies nous portait à croire que nos opérations allaient "malheureusement" être un succès".

Est-ce un coup dur porté au trafic de drogue dans la région ?

N.N : "Au niveau local, on a adressé un message fort puisque, dans les territoires, on constate une rétractation des attitudes empreintes de vigilance et de discrétion des délinquants. On constate également que cette présence réaffirmée des gendarmes et la médiatisation nous permet sur l'ensemble des grands indicateurs de délinquance d’enregistrer de très bons résultats.

Maintenant, tout l'enjeu de l'opération, c'est qu'elle ne soit pas isolée. Il doit y avoir un travail du quotidien. Nous devons conserver le niveau d'excellence que nous avons eu en 2023 en ce qui concerne la présence sur la voie publique, avec par exemple ces patrouilles de deux-trois gendarmes au quotidien.

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Ces militaires qu'on voit rassurent et dissuadent ; leur présence a augmenté de 6,9% l'an dernier. S'il n'y avait pas cette présence, il y aurait un effet conjoncturel.

Ce que je veux désormais, c'est me baser sur ce beau succès qui a sclérosé et va scléroser un temps la délinquance afin de rendre ses effets durables.

Nicolas Nanni,

commandant du groupement de gendarmerie de l'Yonne

"Place nette" pourra évidemment être reconduite. Mais pour l'instant, le temps est à une réponse au quotidien. Nous, on a des délinquants qui font de plus en plus attention. L’enjeu pour nous est de nous adapter à leur nouveau mode opératoire".