Incarcération de la maire d'Avallon pour trafic de drogue : 4 questions qui restent en suspens

La maire d'Avallon dans l'Yonne, Jamilah Habsaoui, est mise en examen et incarcérée depuis mercredi 10 avril, pour trafic et détention de stupéfiants. Lingots d'or, entourage, démission... beaucoup de questions restent en suspens dans cette affaire.

Après la série d'interpellations et les perquisitions survenues dimanche 7 avril 2024 à Avallon (Yonne) dans le cadre de la lutte contre les trafics de stupéfiants, six personnes sont mises en examen après 72 heures de garde à vue. Dont la maire, Jamilah Habsaoui, et ses deux frères Rachid et Benaïssa.

Que savait la maire du trafic de drogue ?

Les perquisitions ont permis de trouver 70 kilogrammes de cannabis à un domicile appartenant à Jamilah Habsaoui, la maire (DVG) d'Avallon, dans le quartier de la Morlande. Les forces de l'ordre ont également mis la main sur vingt lingots, dont au moins 2 en or (les analyses sont en cours pour les autres), 7 143 euros en espèces et 983 grammes de cocaïne, comme nous le précisait le procureur de la République d'Auxerre, Hugues de Phily. 

La question centrale est de savoir si la maire avait connaissance de ce trafic et, si oui, quel est son degré d'implication. Sa mise en examen et sa détention provisoire ne change rien au fait qu'elle reste présumée innocente. Dans une interview donnée à l'Yonne Républicaine, son avocat, Me Antoine Audard, assure que sa cliente "est abasourdie (...) et n'a strictement rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés".

S'il y a eu des perquisitions à la mairie d'Avallon et à la pharmacie où travaille Jamilah Habsaoui, toutes les saisies ont bien été réalisées chez elle. Notamment dans une dépendance, à l'arrière de la maison. Et, d'après une source proche de l'enquête qui le révèle à France 3 Bourgogne, dans un coffre au sous-sol, où se trouvait la cocaïne. Des éléments troublants.

Quel est le rôle de son entourage ?

Pour une partie de la population avallonnaise, Jamilah Habsaoui, enfant du quartier de la Morlande, jouit d’une bonne réputation. Un habitant de la commune se disait très satisfait de son travail. "On a vu passer ça sur les réseaux sociaux. Il y a toujours des petits trafics à droite à gauche, mais elle n’a pas cette réputation-là. En tant que maire, je la respecte, elle fait les choses bien." 

Mais son entourage a mauvaise réputation. Ses frères, Rachid et Benaïssa Habsaoui, sont aussi mis en examen. Ils sont suspectés de s'être servi du domicile de l'élue pour "se livrer à l'achat et la revente de produits stupéfiants". Les deux hommes sont connus de la justice pour des infractions à la législation sur les stupéfiants. "Ça ne me surprend pas, ça fait des années que ça gravite autour d’elle. Je ne la mets pas en cause personnellement, mais autour d’elle. Son entourage est assez connu malheureusement. Ça allait finir par tomber", confiait un Avallonnais à notre micro.

L'instruction, et le procès éventuel, devraient permettre d'éclaircir le rôle de chacun des six mis en cause.

Des faux lingots d'or ?

Selon nos informations, une partie des lingots d’or saisis dimanche 7 avril 2024 pourraient être des faux. Il a été annoncé dans un premier temps que 20 lingots d'or avaient été saisis. Mais dans le communiqué de presse du Tribunal judiciaire d'Auxerre datant du 10 avril, il n'est fait mention que de deux. Le procureur nous précise que les lingots restants sont à analyser.

Après cette analyse, on pourra estimer la valeur du butin saisi au domicile de la maire.

Jamilah Habsaoui peut-elle rester maire ?

Comme nous vous l'expliquions dans cet article, les sanctions encourues par les élus dans ce type de situation peuvent être l’inéligibilité, la destitution ou la démission du conseil municipal pour provoquer une nouvelle élection.

  • L'inéligibilité en droit français est une peine prononcée par un tribunal interdisant un droit civique, à savoir la possibilité d'être élu.
  • La destitution est rare. Depuis le début de la Ve république en 1958, seuls six maires ont été destitués en France. L’article L2122-16 du Code général des collectivités territoriales précise que "le maire ne peut être révoqué que par décret motivé pris en conseil des ministres".
  • En attendant, comme le prévoit le Code général des collectivités territoriales, la continuité du service public est assurée par Léa Coignot, la 1ere adjointe de la ville d'Avallon. Jamilah Habsaoui étant présumée innocente, et dans l'attente d'une éventuelle remise en liberté, rien ne l’oblige à abandonner ses mandats. Seul, le conseil municipal peut lui retirer tout ou une partie de ses délégations ou encore démissionner et provoquer de nouvelles élections.

Reste à connaître la position que prendra le conseil municipal d'Avallon qui ne s'est pour le moment pas exprimé.

En ce qui concerne son mandat de conseillère régionale, Marie-Guite Dufay (PS), présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté, a suspendu la délégation de Jamilah Habsaoui suite à l'annonce de sa mise en examen.

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