"Celui qui fume un joint a du sang sur les mains", le préfet d'Ille-et-Vilaine dresse le bilan de l'opération "Place nette"

Ce mardi 14 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a présenté les résultats de l'opération "Place nette". Celle-ci a été menée dans le quartier du Blosne à Rennes, durant trois semaines en avril, avec en ligne de mire les trafics de stupéfiants. "Des résultats encourageants pour les actions menées", selon les services de l'État, mais qui ne pourront durer indéfiniment, faute de moyens.

Lors de son point presse, ce 14 mai 2024, Philippe Gustin, le préfet d'Ille-et-Vilaine, a tenu à préciser que l'opération "Place nette" n'était pas "un one shot" et que depuis décembre dernier, l'État avait engagé une dizaine d'actions dans les quartiers rennais "gangrenés par les trafics de stupéfiants".

De même, à ceux qui évoquent "la nostalgie de la police de proximité", le préfet a tenu à rappeler que dans quatre quartiers rennais, il y avait des brigades spécialisées de terrain "qui sont en permanence sur ses territoires et qui connaissent les habitants".

Trois semaines de présence policière accrue

Du 12 avril au 3 mai, soit quelques semaines après qu'une fusillade à l'arme automatique a opposé deux bandes rivales, dans la nuit du 8 au 9 mars 2024, faisant deux blessés, les forces de l'ordre ont été déployées en nombre dans le quartier du Blosne, plus de 2 000 sur toutre la durée de l'opération. Un quartier qui, selon le préfet, présente 11 points de deal, soit le tiers des points de deal de la ville.

Les services de l'État ont également procédé à de nombreuses opérations de contrôles de personnes et de commerces.

Cette présence policière accrue devait répondre au ras-le-bol et à la peur grandissante des habitants du quartier.

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19 kg de cannabis et des milliers d'euros saisis

Le préfet a donc présenté un bilan "encourageant" de cette opération "Place nette" qui avait pour mission de conjuguer les actions de police judiciaire, de contrôles administratifs et reconquérir le territoire en le sécurisant :

  •  Plus de 4.000 personnes ont été contrôlées et 86 amendes forfaitaires délictuelles (AFD) ont été délivrées.
  • 141 interpellations ont été réalisées durant ces trois semaines. Le préfet ne les a pas détaillées, laissant le soin au procureur de la république de le faire ultérieurement.
  • 19 kg de résine de cannabis ont été saisis.
  • 1,6 kg d'héroïne. 
  • Près de 50 000 € d'argent liquide.
  • 37 commerces contrôlés.
  • 1225 véhicules contrôlés

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Celui qui fume un joint a du sang sur les mains

Philippe Gustin

Préfet d'Ille-et-Vilaine

Lors de la présentation des résultats, le préfet a lâché une phrase choc : "Celui qui fume un joint a du sang sur les mains", une formulation déjà employée lors d'un point presse le 17 avril dernier où il avait déclaré : "Les fumeurs de joints ont du sang sur les mains. Les consommateurs doivent assumer qu'ils engraissent des organisations criminelles de narcotrafiquants. Ce n'est plus Peace & Love".

À la question de savoir si des opérations ponctuelles comme celle du Blosne étaient suffisantes pour combattre le fléau des trafics de stupéfiant dans le quartier, le préfet a répondu : "si on laisse faire, on se retrouve comme en Belgique ou aux Pays-Bas qui sont aux mains des narcotrafiquants". Et d'ajouter : "ça, non, on ne peut pas s'y résoudre. Toutes les actions qui sont menées, aussi minimes soient-elles, que ce soit par la gendarmerie ou par la police ou même par l'ensemble des acteurs agissant sur ces territoires, eh bien, chaque action a son utilité et on ne peut pas balayer d'un revers de main en disant 'Ah ben oui, mais ça ne suffit pas'. Mais si on ne fait rien, ça ne suffira sûrement pas".

Moins de tension, mais des dealers toujours présents

Dans le quartier du Blosne, alors que la majorité des forces de l'ordre sont reparties depuis le 3 mai, le bilan de l'opération "Place nette" vu par la population du quartier est plus mitigé. Si certains s'accordent sur le fait que la tension est redescendue d'un cran et que les dealers se sont déplacés, leur pression reste néanmoins toujours bien présente.

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Philippe Gustin a reconnu que même s'il "voulait croire à des résultats durables", il y avait un déficit d'effectifs policiers à Rennes, comparativement à d'autres métropoles régionales comme Nantes ou Rouen. Il a précisé avoir fait une demande au ministère de l'Intérieur pour obtenir davantage de moyens humains dans les mois à venir.