Autoroute A69 : retour sur trois ans de désaccords entre pouvoirs publics et opposants, avant le rassemblement du 22 avril

Les opposants au projet de l'autoroute A69 se rassemblent le 22 avril autour du chantier. Les autorités craignent des violences lors de cette manifestation. Retour sur trois ans de désaccords, entre désenclavement et créations d'emplois pour les uns, et aberration écologique pour les autres.

C'est un projet dont les prémices datent d'une vingtaine d'années, et qui est aujourd'hui au coeur d'une bataille entre les pouvoirs publics et des militants écologiques. L'autoroute A69, longue de 54 kilomètres, qui doit relier Toulouse à Castres en 35 minutes au lieu d'1h20 actuellement, est en phase de travaux. Mais ils ont été récemment interrompus par l'action de manifestants. Retour sur ce projet, loin d'être finalisé

2018 : signature d'un décret pour une autoroute "d'utilité publique"

L'idée d'une autoroute reliant Toulouse à Castres remonte au début des années 2000. Objectifs : gain de temps, gain de sécurité car la RN126 est très accidentogène, et désenclavement notamment au niveau du bassin Castres - Mazamet. Ainsi que la création de 1.000 emplois.

Ce n'est qu'en 2018 que le projet est "reconnu d'utilité publique" par un décret du Premier ministre de l'époque, Edouard Philippe. La proclamation acte le principe d'une liaison à 2 × 2 voies entre Castres et Verfeil.

NGE concessionnaire, pour une mise en service en 2025

Coût des travaux : environ 500 millions d'euros environ promet le concessionnaire, amortis par les 23 millions de subventions publiques ainsi que par le prix du péage. Le coût de ce péage sera de 6,77 euros, en plus des 1,60 euro de la portion de l'A68 pour rejoindre Toulouse.

Exit les barrières de péage, place au système de flux libre : s'il n'a pas de badge télépéage, l'automobiliste peut régler sa facture dans les 72 heures en ligne sur le site de l'autoroute, soit via des bornes installées en bord de route. 

En février 2020, l'État officialise le lancement de la procédure de mise en concession de l'A69. Le groupe NGE est désigné neuf mois plus tard comme concessionnaire unique, avant que le contrat ne soit signé en avril 2022. L'entreprise française créée une société, ATOSCA, en charge de cette concession. Mise en route prévue de l'autoroute : pas avant 2025. 

Premières oppositions devant le Conseil régional et des mairies

Il n'a pas fallu attendre 2022 pour que des voix s'élèvent contre ce projet. Dès février 2021, neuf communes et trois associations portent un recours devant le Conseil d'État pour tenter d'annuler le décret signé par Edouard Philippe. Sans succès. 

Quelques mois plus tard, une centaine de personnes se rassemblent devant le Conseil régional. Ils interpellent la présidente de la région Occitanie Carole Delga, et dénoncent "une aberration écologique et financière". 474 hectares de biodiversité risquent d'être touchés par ce projet. Ces opposants plaident plutôt pour un réaménagement de la RN126, "LA solution en termes de coût, et des besoins de déplacement". 

En décembre 2021, l'opposition s'organise et s'intensifie. Le collectif "La voie est libre" est créé et se rassemble durant trois lundis consécutifs devant des mairies, là où le concessionnaire NGE présente le projet. 

Ils sont soutenus par une centaine d'élus, personnalités et scientifiques en mars 2023, qui signent une tribune contre la réalisation de l'A69. Parmi eux : Manuel Bompard, aujourd'hui coordinateur de la France Insoumise, Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS à Toulouse, ou encore la réalisatrice Coline Serreau. 

Lancement des travaux, interrompus par des activistes

Malgré ces différents épisodes d'opposition, le projet de l'autoroute de l'A69 avance. L'enquête publique environnementale rend un avis favorable en janvier 2023, même si elle est décriée par les opposants au projets. Le début des travaux est entériné par les préfets du Tarn et de Haute-Garonne, qui délivrent les autorisations environnementales début mars.

Mais l'opération de déboisement est rapidement retardé car des activistes du groupe Extinction Rebellion s'accrochent à des arbres à partir du 8 mars.

Ils se relaient pour éviter l'avancée de ce déboisement, et une zone de tension s'installe. Un mois après le début d'occupation des végétaux, ainsi que l'installation de tentes le long du chantier, trois collectifs annoncent un week-end de mobilisation le 22 avril, intitulé "Sortie de route".

Le rassemblement du 22 avril : festif ou violent ?

Un week-end annoncé comme "familial, festif, convivial et informatif", sans formation de ZAD (Zone à Défendre). Ce n'est pas ce qui est escompté par les autorités, qui craignent des violences comme lors de la journée de manifestation à Sainte-Soline contre les méga-bassines. 

Lors d'une audition sur le maintien de l'ordre à l'Assemblée Nationale, le Ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déclaré : "nous aurons des volontés de manifestation extrêmement violentes contre les forces de l'ordre, c'est le cas pour l'autoroute Castres-Toulouse, qui sera sans doute le prochain objectif des ultras-gauche". 

Les pouvoirs publics communiquent aussi, en leur faveur. Le 30 mars, le Préfet du Tarn et le Président du Conseil départemental du Tarn ont présenté les résultats d’un récent sondage. 75% des habitants du bassin de vie seraient favorables au projet, le jugent utile et en connaissent bien les enjeux, selon le cabinet Odoxa, sollicité par ATOSCA. 

Une guerre de la communication et une guerre des nerfs qui devraient se jouer le 22 avril, sur fonds de craintes de débordements, et de détermination des deux camps à parvenir à leurs fins.