Sigfox : comment l'un des fleurons de la Tech française tente de se relancer après avoir frôlé la faillite

Basé à Labège (Haute-Garonne), le poids lourd français de l'internet des objets a connu une année 2022 difficile. Placé en redressement judiciaire, le groupe numérique a été repris par le Singapourien Unabiz. Douze mois plus tard, les 126 salariés respirent.

Souvenez-vous. En janvier 2022, l'ancienne star de la French Tech agonise. Avec une dette de 153 millions d'euros, le fleuron de Toulouse est contraint de stopper l'hémorragie en sollicitant le redressement judiciaire. 250 salariés sont alors dans l'attente d'un repreneur. 

Né en 2010 à Labège (Haute-Garonne), Sigfox est l'un des premiers fournisseurs mondiaux de service de communication entre objets connectés (IoT). Grâce à son réseau « 0G » à bas coût et basse consommation, l’entreprise couvre 75 pays, 20 millions d’objets IoT et 1,4 milliard de personnes. Un bijou issu de l'innovation française qu'il fallait sauver à tout prix !    

Après plusieurs mois d'incertitude, le sauveur viendra de Singapour. L'opérateur Unabiz, co-dirigé par un ancien salarié de Sigfox (Henri Bong), séduit tout le monde. Mais le ministère de l'économie pose ses conditions avant de délivrer son feu vert


En avril 2022, le tribunal de commerce de Toulouse valide la reprise en interdisant la délocalisation. 126 emplois sont sauvés et 12 millions d'euros sont progressivement injectés dans le capital social. 

Vers un nouveau modèle économique... 

9 mois après le rachat, force est de constater que l'entreprise toulousaine a retrouvé une certaine sérénité. "On est majoritairement content d'Unabiz" assure Antoine Maïer, représentant du personnel au CSE. 

Ces dernières années, Sigfox a connu une période de turbulences. Malgré un statut de pionnier, l'entreprise a d'abord attendu le boom annoncé des objets connectés. En vain. Les difficultés s'accumulent : une crise sanitaire, des tensions internes, un plan social et le départ de son co-fondateur, Ludovic Le Moan. Un cocktail qui finit par mettre en péril la pépite toulousaine. 

Mais comment l'entreprise a pu se relever ? 

On a racheté la technologie Sigfox, réduit de 50% les coûts de fabrication (..) et développé la R&D.

Rémi François

nouveau COO d'Unabiz France

"Nous avons notamment repensé le management, la masse salariale et les coûts du Cloud" poursuit-il. Puis, "nous avons centré nos efforts sur la Recherche et le Développement (R&D)". 

Si les équipes et la technologie sont préservées, c'est surtout le modèle économique qui change.  

Jusqu'à présent, l'entreprise de Labège se limitait à déployer des réseaux à travers le monde. Une stratégie qui a payé dans les premières années de l'IoT. Mais "le marché a changé" précise Rémi François.

Depuis plusieurs mois, l'internet des objets connectés se segmente en fonction de l'activité telle que le transport, la logistique, la sécurité ou encore la mesure de qualité. En résumé, les usages amènent la technologie et non le contraire. 

Aujourd'hui, on vend des objets connectés qui répondent à des besoins en utilisant différents réseaux : Sigfox mais aussi d'autres comme Lora,... (..) On s'ouvre avec tout le monde. Le message change.

Antoine Maïer

Représentant du personnel chez Unabiz France

Un tour de table à 47 millions d'euros

Une nouvelle logique industrielle qui permet à l'entreprise d'optimiser ses coûts et probablement ses revenus (à ce jour, impossible de connaitre le chiffre d'affaire). En attendant, la stratégie rassure les investisseurs et les clients. 

En décembre 2022, Unabiz France annonce une levée de fonds (de série B) à hauteur de 47 millions d'euros. Une aubaine que "Sigfox" n'avait pas connu depuis 2016 et son plan de financement de 160 millions


Un an après avoir frôlé la faillite, l'ex-Sigfox (devenu Unabiz France) semble avoir trouvé sa voie. Rendez-vous dans quelques mois. D'ici là, l'un des fleurons de la tech française est sauvé. 

"On s'est parfois demandé si ce repreneur était le bon poulain. Aujourd'hui, on peut l'affirmer sans regret" conclût Antoine Maïer.