Municipales 2020 : la victoire de Louis Aliot à Perpignan, "un cache-misère pour le Rassemblement national"

Louis Aliot est le nouveau maire de Perpignan après sa nette victoire sur Jean-Marc Pujol de près de 2000 voix. Un symbole pour le Rassemblement national de Marine Le Pen. Mais c'est "l'arbre qui cache la forêt des mauvais résultats du mouvement" pour les politologues.

Louis Aliot, nouveau maire Rassemblement national de Perpignan, a six ans pour faire ses preuves?
Louis Aliot, nouveau maire Rassemblement national de Perpignan, a six ans pour faire ses preuves? © N. Parent / Maxppp
"A force de se faire connaître, de se présenter tels que nous sommes, tel que je suis, les Perpignanais ont choisi. Je ne m'attendais pas à une victoire aussi nette mais cela prouve qu'il y a des gens qui ont adhéré à mon projet et des gens qui ne voulait plus voir ce système en place au delà de la personnalité du maire sortant. Et ils ne l'auront plus", assure Louis Aliot le nouveau maire de Perpignan après sa nette victoire sur Jean-Marc Pujol de près de 2000 voix et une participation de plus de 47%. 

Une victoire saluée par son camp. "La nette victoire de mon ami Louis Aliot est un immense message d'espoir. Nous allons avancer ensemble !" indique Robert Ménard, le maire de Béziers. "Bravo à Louis Aliot, le front républicain est mort à Perpignan, au profit d'un vrai maire républicain !" se félicite Gilbert Collard, l'ancien député du Gard. Ou Julien Sanchez, maire de Beaucaire (Gard) qui voit un axe Beaucaire, Béziers, Perpignan et aussi Moissac (12.500 habitants), dans le Tarn-et-Garonne, où l'ancien attaché parlementaire de Marion Maréchal, Romain Lopez, avait déjà failli l'emporter dès le premier tour: "nous allons continuer à nous implanter pour remporter des départements et ensuite la Région".

C'est un vrai déclic parce nous allons démontrer que nous savons gérer des grandes collectivités

Marine Le Pen

Pour Marine Le Pen, "c'est une vraie grande victoire. Ce n'est pas une victoire symbolique, c'est un vrai déclic parce nous allons démontrer que nous savons gérer des grandes collectivités". Le Rassemblement national a remporté dimanche la ville de Perpignan qui, avec ses plus de 120.000 habitants, devient sa plus grosse conquête depuis Toulon (1995-2001). "Le système a toujours souhaité nous empêcher de démontrer nos capacités dans les grandes collectivités. Il ne pourra plus le faire", assure la candidate déjà déclarée à la présidentielle de 2022. 

Un boulevard s'ouvrirait ainsi au Rassemblement national. Pas si sûr. "Certes, il y a une avancée considérable à Perpignan ou Moissac", explique Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS et du Centre d'études politiques de l'Europe latine à Montpellier. "Mais ces bons résultats sont très liés aux personnes et à la fragmentation de la droite". 

Laboratoire ou victoire personnelle ?

Nicolas Lebourg, lui aussi chercheur au CEPEL et coordinateur de la Chaire citoyenneté à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, abonde: "ce sera plus le mandat de Louis Aliot que le laboratoire du Rassemblement national". Le chercheur perpignanais précise: "pour faire un très bon score, l'extrème droite a souvent besoin d'une décomposition d'un front politique. C'était le cas en 2014 avec Hénin-Beaumont et Béziers par exemple. A Perpignan, il y avait une majorité sortante en place depuis 1959, un maire de 71 ans qui se proposait pour un 3ème mandat et un parti socialiste, qui détient le département, incapable de présenter un candidat. On est face à un système qui est en train de se liquéfier et le Rassemblement national le ramasse avec une offre plus cohérente qui parlait à l'électorat libéral, conservateur et nationaliste".

"C'est la limite de la stratégie du front républicain qui est posée ce soir". Perpignan "c'est un bel arbre" admet Nicolas Lebourg, mais "c'est l'arbre qui cache la forêt des mauvais résultats" du RN à ce scrutin, traditionnellement peu favorable à ce parti, qui voulait pourtant cette année s'implanter davantage. Le RN a conservé huit de ses dix villes remportées en 2014 mais il perd Mantes-la-Ville (Yvelines) et Le Luc (Var)

L'arbre qui cache la forêt des mauvais résultats

Nicolas Lebourg

"Perpignan, c'est un peu le cache-misère du Rassemblement national", renchérit Emmanuel Négrier. En Occitanie, dans le Gard (échec à Vauvert, Saint Gilles, Beauvoisin ou Bellegarde) ou l'Aude, terres traditionnellement très fertiles pour l'extrème droite, il n'arrive pas ou peu à transformer les très bons scores aux élections nationales. "Le Rassemblement national reste encore en grandes difficultés lors d'élections municipales". 

"Nous allons enfin pouvoir travailler à Perpignan, travailler à rendre une ville plus juste, plus sûre", affirme Louis Aliot. Mais il faudra convaincre et la tâche s'annonce difficile. "Nous serons déterminés à ne pas nous laisser engloutir par la haine, le repli sur soi et l'échec économique parce ce sera ça le Rassemblement national", assure Agnès Langevine, la candidate écologiste arrivée 3ème à l’issue du premier tour avec un score plutôt décevant de 14,51 % des voix et qui s'était retirée. 

Dès l'annonce des résultats, une centaine de personnes a manifesté dans les rues de la ville inquiète de l'élection de Louis Aliot."C'est la peur, la fin des associations, la fin des libertés, la fin des droits. Nous serons cette pression sociale, cette résistance," indique une manifestante.

"Si Aliot est élu, il faudra lutter de l'intérieur," alertait il y a un an Jean-François Leroy, le créateur de Visa pour l'image, rendez-vous incontournable à Perpignan. "Il y a la presse du monde entier qui vient en septembre. Louis Aliot ne peut que vouloir de bonnes relations avec ces gens-là pour son image personnelle, pour l'image de sa ville et l'image de son parti", explique Nicolas Lebourg. "Donc on devrait avoir une gestion plutôt mezza voce sur les problèmes locaux qu'une question de vitrine du parti". 

L'élection de Louis Aliot est le fruit d'un enracinement local depuis 22 ans. Il a maintenant six ans pour faire ses preuves.

 
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