Procès Rançon à Perpignan : la traque du tueur aura duré 17 ans

Il aura passé 12 ans de sa vie professionnelle à le chercher. Jusqu'au 14 octobre 2014, quand Jacques Rançon est enfin arrêté. Gilles Soulié, directeur d'enquête est revenu devant la cour sur la difficile traque du tueur de la gare de Perpignan. / © O. Le Creurer
Il aura passé 12 ans de sa vie professionnelle à le chercher. Jusqu'au 14 octobre 2014, quand Jacques Rançon est enfin arrêté. Gilles Soulié, directeur d'enquête est revenu devant la cour sur la difficile traque du tueur de la gare de Perpignan. / © O. Le Creurer

Il aura passé 12 ans de sa vie professionnelle à le chercher. Jusqu'au 14 octobre 2014, quand Jacques Rançon est enfin arrêté. Gilles Soulié, directeur d'enquête est revenu devant la cour sur la difficile traque du tueur de la gare de Perpignan.

Par Olivier Le Creurer

Le 14 octobre 2014, il est 12h10. Jacques Rançon est interpellé à Perpignan après 17 ans d'enquête. L'ADN a parlé dans le cadre du meurtre de Moktaria Chaïb. "Quand on l'a vu pour la première fois... c'était un moment exceptionnel," se souvient Gilles Soulié, très ému, la voix chancelante.  

Quand on l'a vu pour la première fois... c'était un moment exceptionnel


Aujourd'hui directeur interrégional du SRPJ à Rennes, Gilles Soulié a voué une grande partie de sa carrière à l'affaire des disparues de la gare de Perpignan. Entre 1994 et 2000, et donc pendant les faits, il travaille à l'antenne judiciaire de Perpignan puis de 2004 à 2016, il est directeur adjoint puis directeur du SRPJ à Montpellier, chargé de superviser l'enquête. 


20.000 pages de procédure


20.000 pages de procédure. Une enquête tentaculaire, une grosse pression médiatique, de gros moyens (très vite 25 enquêteurs puis entre 40 et 50). "On a employé tout ce qui était possible à l'époque. Fait des appels à témoins. On a même écouté des témoins sous hypnose. Des profileurs aussi. La téléphonie est étudiée et toute personne ayant été condamnée dans les PO pour des actes à caractère sexuel est étudiée. Il y en avait 1061. "

On a employé tout ce qui était possible à l'époque

Et il poursuit : "Dès qu'il y a avait en France une autopsie d'une femme avec ablation, nous nous déplacions. Cela  n'a jamais rien donné."

Pollution

Les pistes sont nombreuses mais elles n'aboutissent pas. "Nous avons été pollués et perdu beaucoup de temps par l'analyse des médecins et experts qui nous disaient que l'auteur devait d'être un médecin," regrette Gilles Soulié. "La morale de cette histoire, ne s'intéresser qu'aux faits."

Au fil des années, nous avons compris que nous ne trouverions jamais le témoin providentiel


"Au fil des années, nous avons compris que nous ne trouverions jamais le témoin providentiel. Mais que l'évolution de la technique et la génétique pourraient nous aider." En 2014, le profil partiel retrouvé sur une chaussure de Moktaria Chaïb parle. Il s'agit de Jacques Rançon.
Procès Rançon Perpignan : retour sur 17 ans d'enquête
Gilles Soulié, directeur d'enquête a expliqué devant la cour des assises des Pyrénées-Orientales la difficulté de la traque de Jacques Rançon qui aura duré 17 ans.  - France 3 pays catalan - Dorothée Berhault et Alain Sabatier


Des aveux très précis


"Nous étions dans une course contre la montre. Nous avions 48 heures pour le faire parler. La dernière audition dure 2h10. Des aveux très précis. Rançon se souvient parfaitement de la scène. Il nous dit qu'il a éviscéré Moktaria en 5-7 minutes."

Celle-là, je vais me la taper


Puis, il va avouer la tentative de meurtre de Sabrina puis le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez. Gilles Soulié raconte alors comment Jacques Rançon parle d'elle : "Celle-là, je vais me la taper. Je lui ai mis un truc dans la gorge pour qu'elle arrête de gueuler. Je l'ai ouvert en deux pour qu'elle pourrisse."

Cet homme n'a aucune pitié pour ses victimes. C'est à vomir ce qu'il nous a dit


"Cet homme n'a aucune pitié pour ses victimes. C'est à vomir ce qu'il nous a dit. Et c'est l'homme qui vous le dit, pas le policier. Je n'ai jamais vu des scènes de crime comme celles-là."

Le raté


Gilles Soulié regrette le raté de cette affaire qui aura des conséquences importantes. La police judiciaire n'est pas informée de l'agression de Sabrina, en mars 1998."J'ai beaucoup de regret. Le lien n'a donc pas été fait avec le meurtre de Moktaria Chaïb." Marie-Hélène Gonzalez est tuée trois mois plus tard. 

Emotion


Gilles Soulié a salué la pugnacité des enquêteurs et des juges. Un travail salué également par le président de la cour et l'avocat général. Les parties civiles l'avaient déjà fait. En sortant de la salle d'audience, Gilles Soulié a salué Concepcion Gonzalez, la mère de Marie-Hélène. La femme, très émue, l'a embrassée et l'a serrée dans ses bras. 

Pour revoir le live de l'audition de Gilles Soulié

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