Meurtre d'Arthur Noyer, agressions sexuelles... Dans quelles affaires Nordahl Lelandais est-il mis en cause ?

Le procès de Nordahl Lelandais va s'ouvrir lundi aux assises de la Savoie pour le meurtre d'Arthur Noyer. Il est mis en cause dans quatre autres affaires et la gendarmerie cherche à établir des liens avec une quarantaine de disparitions ou homicides non résolus.

Une reconstitution du meurtre d'Arthur Noyer à Chambéry en présence de son meurtrier présumé, Nordahl Lelandais, le 21 mars 2019.
Une reconstitution du meurtre d'Arthur Noyer à Chambéry en présence de son meurtrier présumé, Nordahl Lelandais, le 21 mars 2019. © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Enlèvement, meurtres et agressions sexuelles. Nordahl Lelandais, ancien militaire de 38 ans, est mis en cause dans cinq affaires pénales. Depuis l'affaire Maëlys en 2017, le nom du trentenaire apparaît dans plusieurs dossiers dont des cas d'agressions sexuelles sur trois fillettes.

Une cellule de coordination a également été créée au sein de la gendarmerie pour étudier des cas de disparition et de meurtres jamais résolus dont les victimes auraient pu croiser le chemin de Lelandais.

Un premier procès va s'ouvrir le 3 mai aux assises de la Savoie dans l'affaire du meurtre d'Arthur Noyer. France 3 Alpes fait le point sur les dossiers dans lesquels Nordahl Lelandais est mis en cause.

 

L'enlèvement et le meurtre de Maëlys

C'est la première affaire criminelle impliquant le trentenaire de Domessin. Le 26 août 2017, Maëlys, fillette de 8 ans, disparaît lors d'une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, en Isère. Parmi les invités ce soir-là, l'ancien militaire, rapidement suspecté par les enquêteurs. Au cours de la soirée, il effectue "trois allers-retours" entre la salle des fêtes et son domicile et "un quatrième voyage qui était un aller simple", ​expliquait le procureur de la République de Grenoble en février 2018.

Une caméra de vidéosurveillance filme le véhicule de Nordahl Lelandais avec, sur le siège passager avant, "une silhouette frêle, de petite taille, et vêtue d'une robe blanche", comme la fillette ce soir-là. Filmé dans le sens inverse moins d'une heure plus tard, le suspect apparaît seul dans la voiture.

L'ADN de la petite fille est retrouvé sur le tableau de bord du véhicule de Lelandais qui est mis en examen pour séquestration et meurtre le 30 novembre 2017. Il nie alors toute implication dans cette affaire. Deux mois plus tard, après que des traces de sang appartenant à Maëlys ont été découvertes dans son coffre, le trentenaire passe aux aveux et mène les enquêteurs vers les restes de la victime, dans le massif de la Chartreuse.

Sa version des faits évolue au fil des auditions, le suspect affirmant d'abord l'avoir tuée involontairement, avant de reconnaître avoir infligé plusieurs coups très violents à l'enfant. Fin 2018, un voisin de cellule affirme que l'ex-maître-chien lui aurait confié avoir violé la fillette avant de la tuer. Son témoignage est versé au dossier mais les juges d'instruction écartent en octobre 2020 une mise en examen pour viol. Le procès du meurtrier présumé de Maëlys pourrait avoir lieu "au cours du premier trimestre 2022", selon une source judiciaire.

 

Le meurtre d'Arthur Noyer

La disparition du caporal de 23 ans est signalée au matin du 12 avril 2017, alors qu'il manque à l'appel au 13e Bataillon de chasseurs alpins (BCA) de Barby, en Savoie. Les enquêteurs se penchent sur la piste criminelle sans parvenir à identifier de suspect. Et c'est l'affaire Maëlys qui va les mettre sur la piste de Nordahl Lelandais.

Des relevés téléphoniques sont effectués, démontrant que l'ancien militaire a croisé Arthur Noyer la nuit de sa disparition. Sa voiture est repérée sur des images de vidéosurveillance dans le centre-ville de Chambéry, où le jeune caporal se trouvait ce soir-là.

Entendu par les enquêteurs, il nie les faits mais plusieurs éléments l'incriminent. Il est mis en examen pour assassinat à l'hiver 2017, quelques jours après son inculpation dans l'affaire Maëlys. Là encore, l'ancien militaire procédera à des aveux progressifs.

Lors d'une reconstitution, il finit par mentionner une altercation qui se serait achevée en bagarre, entraînant une "chute" mortelle de la victime. D'abord mis en cause pour assassinat, Lelandais sera finalement jugé pour le meurtre du caporal, le magistrat instructeur n'ayant pas retenu la préméditation de son geste.

 

Agressions sexuelles sur trois fillettes

Nordahl Lelandais est mis en examen pour des agressions sexuelles sur trois fillettes, dont deux cousines, toutes mineures au moment des faits. La première affaire a émergé de l'analyse d'une vidéo contenue sur son téléphone. On y voit une fillette subir des attouchements dans son sommeil.

"Sur cette vidéo, on voit une main, un bras, qui écarte une culotte d'une petite fille qui est endormie", rapportait Carolie Rémond, l'avocate des parents de la fillette, petite cousine de Lelandais âgée de 6 ans au moment des faits.

Une seconde vidéo est découverte quelques mois plus tard. Le trentenaire, qui serait reconnaissable sur ces images, apparaîtrait agressant une fillette de 4 ans, la fille d'une amie proche.

Début 2020, une autre petite cousine porte plainte à son encontre. Les faits dénoncés par l'adolescente remontent à mars 2017, elle avait alors 14 ans. Dans une vidéo diffusée par BFMTV, elle raconte avoir subi, le jour de l'enterrement de son père, des attouchements de la part de Nordahl Lelandais. Il aurait menacé de la tuer si elle le dénonçait.

 

Une quarantaine de dossiers rouverts

Nordahl Lelandais pourrait-il être impliqué dans d'autres affaires ? C'est pour répondre à cette question que la gendarmerie a constitué la cellule Ariane en janvier 2018. Les enquêteurs se sont penchés sur 900 dossiers, aussi bien des disparitions que des homicides jamais résolus. Un an plus tard, une quarantaine d'affaires ont été retenues par les enquêteurs comme pouvant être liées au trentenaire de Domessin, révélait RTL.

Il s'agirait de 35 dossiers de morts suspectes et 5 disparitions inquiétantes, toutes survenues en Auvergne-Rhône-Alpes, selon Le Parisien. La date et le lieu des faits, le profil de la victime ainsi que la "sensibilité" du dossier ont fait partie des critères retenus par les enquêteurs pour sélectionner les dossiers, indique le journal.

Parmi les pistes étudiées figurerait notamment les disparus du fort de Tamié, en Savoie. Jean-Christophe Morin et Ahmed Hamadou y avaient respectivement disparu en 2011 et 2012 lors d'un festival de musique électronique. La présence de Nordahl Lelandais n'a jamais pu être établie.

Plusieurs proches de disparus ont depuis essayé de se faire entendre pour savoir si leur dossier figurait parmi ceux retenus par la cellule Ariane. "Ces familles sont moins bien traitées que dans des affaires de vols ou d’extorsion. Où est donc l’humain dans cette justice ?", questionnait leur avocat Me Bernard Boulloud.

 

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