Attaques de loup : des agriculteurs de Bourgogne et Franche-Comté demandent une "Union européenne des éleveurs"

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Ils demandent le "déclassement" du loup, c'est-à-dire une révision de son statut d'espèce "strictement protégée". Des éleveurs venus de toute l'Europe, et notamment de Bourgogne-Franche-Comté, sont à Saint-Jean-de-Bournay en Isère, ce mardi 29 novembre, pour un colloque international sur la question.

Certains ont fait des centaines de kilomètres pour se rendre ici, à Saint-Jean-de-Bournay dans le Nord-Isère. Des éleveurs venus de toute l'Europe, dont certains de Bourgogne-Franche-Comté, sont réunis ce mardi 29 novembre pour dire "halte au loup". Leur objectif : créer une "Union européenne des éleveurs" et diminuer le statut d'espèce protégée dont bénéficie le loup. Ils ont signé une motion commune, cet après-midi, dans l'espoir de faire pression sur les décideurs européens.

Le massif du Jura, un front de colonisation de l'espèce

Réintroduit en Italie dans les années 90, le loup a depuis étendu son territoire à quasiment toute la France. La Franche-Comté et ses zones montagneuses, Haut-Doubs et Haut-Jura, sont particulièrement touchées depuis le début de l'été 2022. Ce 29 novembre au matin, un éleveur a découvert un de ses veaux dévoré à Villers-les-Bois, entre Dole et Poligny. C'est le quatrième qu'il retrouve mort depuis le mois d'octobre. Le 25 novembre, un agriculteur a perdu une bête sur la commune de Saint-Antoine près de Métabief. Le 13 novembre, c’est sur la station des Rousses (Jura) que plusieurs loups ont attaqué une génisse de 10 mois, ne laissant rien ou presque de la carcasse.

Au total, fin octobre dans le seul département du Doubs, on dénombrait 26 attaques, 22 génisses mortes et 25 blessées. Pour protéger les troupeaux, le préfet du Doubs a pris des arrêtés autorisant le tir du prédateur lors d’une situation d’attaque sur un troupeau ayant déjà été touché. Deux loups ont été ainsi tués, le 20 septembre sur la commune de Longevilles-Mont-d’Or et le 26 octobre à Frasne près de Pontarlier.

Le massif du Jura, où le loup est présent depuis plusieurs années, compte une meute côté suisse et deux autres côté français. En tout, ils seraient une vingtaine d'adultes, selon le photographe animalier Julien Regamey, chargé du suivi du loup dans le canton de Vaud. Sur place, les agriculteurs dénoncent l’impossibilité de protéger leurs troupeaux de bovins dans ces paysages de reliefs et d’alpages. 

Des attaques aussi en Bourgogne

Mais au fil des années, le loup a aussi étendu son territoire au-delà des zones montagneuses. En Bourgogne, on recense des attaques dont le loup est l'auteur avéré ou suspecté : en août dernier dans le Morvan, cet été dans l'Yonne, en octobre dans la Nièvre...

En Saône-et-Loire, les régions du Charolais et du Clunisois sont particulièrement touchées depuis trois ans. Mi-novembre, deux attaques ont eu lieu le même week-end sur deux communes voisines, Navour-sur-Grosne et Saint-Point. Le préfet du département a justement rencontré les deux éleveurs concernés dans la foulée. "Cette rencontre a été l'occasion de faire le point sur les dernières attaques, d'indiquer les mesures en place pour essayer d'identifier le prédateur (pose de pièges photos, surveillance par les louvetiers) et de présenter le dispositif déployé lorsque surviennent des attaques pour lesquelles la responsabilité du loup n'est pas écartée sans être pour autant avérée, comme c'était le cas en l'espèce (indemnisation des éleveurs, protection des animaux avec prêt de matériel possible par la DDT, délivrance d'autorisations de tirs de défense)", explique la préfecture.

Dans le Doubs, le préfet a rencontré des éleveurs début octobre. "La cohabitation est indispensable, car la France est engagée à protéger l'espèce lupine. En même temps, nous voulons conserver notre élevage extraordinaire. Le chemin existe. Nous allons ensemble l'emprunter”, déclarait alors Jean-François Colombet.

Une "impossible cohabitation" ?

Un discours qui contraste avec le discours des éleveurs présents ce mardi à Saint-Jean-de-Bournay, qui parlent plutôt d'une "impossible" cohabitation. L'Aseb 71, une association d'éleveurs de Saône-et-Loire, est venue témoigner. "Le loup a un statut de surprotégé, une valeur d'intouchable en quelque sorte. On se retrouve face à de grosses complications quand on veut faire avancer les dossiers d'attaque et pouvoir lutter contre le loup", note son président Etienne Debarnot. "On voudrait que l'administration soit plus souple avec nous, que des mesures soient prises au niveau des quotas. Qu'on valide le fait que le loup n'est plus une espèce vulnérable et qu'on puisse augmenter les quotas de tir et de prélèvement, au moins sur les grands secteurs à loups."

De leur côté, les associations de protection de la nature dénoncent le manque de protection des troupeaux et des tirs de loup inutiles. En 2022, selon la loi, 19 % de la population totale de loups peut être abattue. “Plusieurs études ont pourtant montré l’inefficacité des tirs de loups dans le but de protéger les troupeaux. Seuls les moyens de protection des troupeaux sont efficaces pour limiter la prédation du loup”, estime l’association de défense du prédateur en Franche-Comté.

L'Europe reste (pour l'instant) du côté du loup

Les éleveurs européens rassemblés en Isère ce mardi demandaient donc un déclassement du statut d'espèce protégée du loup, afin de pouvoir en tirer davantage. Pour l'heure, le loup est protégé depuis 1979 par la convention de Berne, classé comme espèce vulnérable sur la liste rouge de l'UICN, et sous "protection stricte" de la directive européenne "habitats, faune, flore", qui exclut l'abattage des loups, sauf dans des cas très précis.

Du côté des grandes instances européennes, les députés du Parlement européen ont récemment adopté, le 24 novembre, un texte allant dans le sens des éleveurs pour demander le déclassement du loup, arguant que "l’état de conservation du loup au niveau paneuropéen justifie une atténuation du statut de protection". Ce texte n'a pour autant aucune valeur d'obligation ; c'est la Commission européenne qui décide.

Mais, coup de théâtre cet après-midi : la convention de Berne a refusé la demande de révision du statut de protection du loup. L'animal reste une espèce de faune strictement protégée. "On va essayer de faire bloc ensemble et de prendre des mesures. On reste ensemble, plus groupés que jamais au niveau européen", réagit Etienne Debarnot, le président de l'Aseb 71. Les éleveurs espèrent toujours faire changer la réglementation.

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