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Les Chinois investissent-ils l'agriculture française ?

Après les châteaux viticoles bourguignons et bordelais il y a déjà quelques années, la Chine s'intéresse aussi de plus en plus à d'autres produits et terres agricoles français : lait, viande, terres céréalières et percherons normands. 

Par Pascale Pfister

Les Chinois séduits par les percherons. Ils en ont achetés et importés 14, dont 12 dans la seule année 2017. Les raisons de cet engouement soudain pour cette race de chevaux français restent imprécises, mais ces percherons sont semble-t-il prioritairement destinés à la reproduction et aux travaux agricoles. Le président du Studbook Percheron, Jean-Jacques Léon, ne cache pas sa satisfaction et espère que cet intérêt des Chinois perdurera dans le temps.

Jean-Jacques Léon, président du Studbook percheron

Ces débouchés de la race sur le marché chinois permettent en tout cas d'allonger la liste des pays ( Japon, Autriche, Russie, Allemagne, etc... ) qui apprécient et importent des chevaux percherons.

© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté
© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté



 Mais il n'y pas que les chevaux qui suscitent l'appétit de la Chine.

Dans le Finistère, en 2016, des Chinois ont  investi dans une usine de laità Carhaix. L'entreprise Synutra transforme en poudre un million de litres de lait par jour, c'est la plus importante production d'Europe. Cette usine à 90 millions d'euros est la première implantation en France d'une entreprise spécialisée dans le lait pour enfants. L'ensemble de la production est destiné à la Chine, mais les employés de l'usine sont français. Un enjeux économique important donc, mais depuis quelques mois des tensions sociales apparaissent au sein de l'usine.



© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté
© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté

En 2017, des investisseurs chinois ont également acquis 900 hectares de terres agricoles dans l'Allier après en avoir déjà acheté 1700 dans l'Indre, il y a 2 ans. Des acquisitions qui ont fait grincer des dents, les Chinois ayant réussi à contourner les contrôles habituellement exercés par le "gendarme des terres agricoles" la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural). Le risque de flambée des prix et d'accaparement des terres inquiète, ce qui a conduit le Président de la République Emmanuel Macron à annoncer la mise en place de restrictions sur les achats de terres agricoles lors de sa rencontre avec les jeunes agriculteurs le 22 février dernier.


Nous mettrons donc très clairement sur ce sujet des verrous réglementaires et nous travaillerons avec vous et avec les Safer pour mettre fin à ce qui est en train de se passer.

Emmanuel Macron, février 2018
 

Réactions aux annonces d'Emmanuel Macron

Cette déclaration d'Emmanuel Macron a d'ailleurs incité le milliardaire chinois à annoncer que son investissement dans ces terres céréalières lui avait permis d'ouvrir une boulangerie à Pékin.

Au-delà des inquiétudes que peuvent susciter les appétences chinoises pour les terres agricoles françaises,
en janvier dernier, le Président de la République et son Ministre de l'Agriculture, Stéphane Travers sont revenus d'un voyage en Chine avec quelques bonnes nouvelles, notamment pour les éleveurs. L'embargo sur la viande bovine française devrait être levé dans les 6 mois. Une mesure attendue par la filière qui pourrait trouver en Chine des débouchés importants. Le marché chinois peut absorber à lui seul 700 000 tonnes de boeuf importé, tous pays fournisseurs confondus, soit la moitié de la production française,selon l'Elysée. Cet embargo avait été mis en place par la Chine en 2001, pour des raisons sanitaires au moment de la crise de la vache folle.
 

© Nathalie Zanzola / France 3 Bourgogne
© Nathalie Zanzola / France 3 Bourgogne


La filière porcine a également obtenu un agrément supplémentaire pour un abattoir du Nord-Pas de Calais. 
Avec ce nouvel agrément, la filière porcine française dispose désormais de 15 abattoirs autorisés à exporter de la viande de porc vers la Chine. Depuis 2016, le pays représente la première destination à l’export de la filière porcine française. En 2017, près de 109 000 tonnes y ont été expédiées.


 

© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté
© PPfister/France 3 Bourgogne-Franche-Comté


L'intérêt des Chinois pour le modèle agricole français, ses terroirs et ses produits était d'abord surtout visible depuis quelques années dans les vignobles bordelais et bourguignons, avec l'achat de châteaux ou domaines et l'importation de vins. Aujourd'hui la Chine semble vouloir s'ouvrir encore plus. Les enjeux économiques sont importants compte tenu de la taille du marché chinois, mais la vigilance reste de mise compte tenu de la puissance financière du pays.
 

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