Les nouveaux entrepreneurs #2 : “Le plus beau travail du monde” avec les coursiers de la SCOP Véloconnect à Besançon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sarah Rebouh
Clément et Rémi, fondateurs de Véloconnect à Besançon.
Clément et Rémi, fondateurs de Véloconnect à Besançon. © Sarah Rebouh - France Télévisions

Découvrez “Les nouveaux entrepreneurs”, ces hommes et femmes qui ont choisi d’oeuvrer pour l’intérêt commun, au sein d’entreprises peu conventionnelles. Récit avec les créateurs de la SCOP Véloconnect, société de coursiers à vélo, implantée à Besançon (Doubs).

Après la série web “Les nouveaux paysans”, France 3 Franche-Comté met en lumière trois projets d’entreprenariat innovants, éthiques et à haute valeur environnementale ou sociale. Découvrez “Les nouveaux entrepreneurs”, ces hommes et femmes qui ont choisi d’oeuvrer pour l’intérêt commun, au sein d’entreprises peu conventionnelles. Cette semaine, notre journaliste Sarah Rebouh vous fait découvrir la SCOP Véloconnect, implantée à Besançon.

Le rendez-vous est donné à 10h15, devant le local de Véloconnect, en centre-ville de Besançon par une douce matinée ensoleillée. J’ai rendez-vous avec Rémi, l’un des fondateurs de la SCOP Véloconnect, désormais bien connue à Besançon. Pour cause, les coursiers à vélo et leurs t-shirt et casquettes roses sont bien visibles dans les rues de la capitale franc-comtoise et ce depuis maintenant six ans.

“La ville, c’est notre open space” me lance Rémi, 32 ans, visiblement enthousiaste à l’idée de débuter sa tournée. Aujourd’hui, il s’occupe de la livraison “dernier kilomètre” pour le transporteur DHL. Le but est simple : assurer la livraison de colis sur la boucle bisontine à l’aide d’un vélo muni d’une remorque, permettant ainsi de désengorger le centre-ville envahi de multiples camions de livraisons, stationnants sur les trottoirs à longueur de matinée. Présentations faites, me voilà dans la roue de Rémi pour deux heures. Le jeune homme a la ville comme terrain de jeu. Il slalome entre les nombreux obstacles tel un voltigeur plein d’assurance, avec entrain et bonne humeur. Je me rends immédiatement compte de l’utilité de sa mission. Aux environs de 11h heures, des dizaines de camions de livraison toutes marques confondues, et il en existe de nombreuses, transitent et s’arrêtent dans les rues de la boucle, perturbant ainsi le trafic et forçant les piétons à marcher sur la chaussée à de trop nombreux endroits.

“A aucun moment le travail ne doit être un problème dans la vie”

Après avoir livré le pain pour quelques restaurants, le cycliste aguerri file d’un magasin à l’autre, colis en main avec une gaieté communicative. “Chez Véloconnect, nous sommes quatre livreurs : Clément, Antoine, Hédi et moi. Moi je m’occupe du dernier kilomètre aujourd’hui mais d’autres effectuent des livraisons dans tout Besançon. Hedi, par exemple, fait environ 60 kilomètres aujourd’hui” me détaille-t-il tout en roulant. A chaque colis déposé en main propre, Rémi s’empresse de remonter sur son vélo et de filer chez le client suivant que ce soit un commerce ou un particulier. Est-il soumis à des cadences souvent dénoncées dans les métiers de la livraison de colis ? “Non, pas du tout, je pourrais finir à 17h si je voulais… Je suis au taquet, c’est parce que ça me fait marrer” s’amuse-t-il.

Rémi, curieux de nature, semble connaître parfaitement l’activité des clients qu’il livre. “Il y a une diversité de fou dans les métiers, dans les savoir-faire des gens avec qui on travaille... Je trouve ça fascinant. Et je suis aussi très intéressé par les conditions de travail. C’est pour ça que je considère qu’à aucun moment le travail ne doit être un problème dans la vie. C’est ce qui nous lie avec Clément et c’est agréable de partager ces valeurs avec une équipe", m’explique-t-il autour d’une bière, une fois sa matinée achevée.

En effet, le Vendéen d’origine a créé Véloconnect avec un Jurassien, Clément, partageant sa passion pour le vélo. Ce dernier vient de nous rejoindre. “On s’est rencontrés par hasard à Besac. On a été coloc un temps. C’est là qu’on a eu l’idée de faire une boite de coursiers à vélo. On a rigolé de ça pendant un ou deux ans et on a fini par se dire qu’il fallait vraiment le faire” se rappelle le livreur de 31 ans.

Avant de “dézinguer” sur le vélo, Rémi était conseiller info-énergie puis animateur cirque. Clément, quant à lui, était salarié chez Vélo Campus. “Dans notre bande de copains, il y avait des coursiers à vélo de Lausanne. Ils nous avaient transmis un peu leur état d’esprit. C’était faire en sorte que le vélo ne soit pas qu’un outil de déplacement ou de loisirs mais que ce soit aussi un outil de travail, et qu’on pouvait travailler avec tout un tas de clients demandeurs de livraisons express notamment, des fleurs, du ramassage de courriers, des documents urgents... C’est ce qu’on a commencé à faire en 2015” poursuit Rémi. 

“C’est quoi gagner sa vie en fait ?”

Les deux amis ont toujours eu l’idée d’une SCOP, société coopérative d'intérêt collectif. Après quelques années sous une forme SARL, “le temps de nous assurer un salaire”, le statut coopératif a pris vie il y a deux ans et demi. Pourquoi avoir choisi ce statut plutôt qu’une forme plus classique de société ? “C’est philosophique. On ne voulait pas monter une boite pour devenir patrons de toute une équipe et avoir des gens sous notre responsabilité. On voulait partager la responsabilité” explique Clément. Rémi poursuit : “On souhaitait que chacun puisse être acteur de son travail. On a fait un séminaire de travail pour se mettre d’accord sur les objectifs de travail à court, moyen et long terme. Où est-ce qu’on va, combien on pourrait se rémunérer ?”

Chez Véloconnect, tous les livreurs travaillent 28 heures par semaine et sont payés au SMIC. Un fonctionnement mis en place par les deux créateurs, qui souhaitent avant tout prendre du plaisir au travail, avoir du temps libre et ainsi bénéficier d’autres avantages que des gros chiffres sur la fiche de paie. “C’est un confort de travail. On vise la simplicité. On ne se met pas la pression. Parmi les gens qu’on côtoie, certains sont à la limite du burn out et gagnent 2-3 fois plus que nous. Alors oui, on n’a peut être pas trop de sous mais la vraie question à se poser c’est, c’est quoi gagner sa vie en fait ?”

La simplicité, on la constate aussi quand on observe le matériel de travail des deux acolytes. Rémi roule avec un vélo d’occasion à 400 euros, trouvé sur internet. Exit les vélos électriques, “pas un vélo, une mobylette” et les applications smartphone qui “te compliquent plus la vie qu’autre chose et qui consomment de l’énergie pour rien”. La remorque que tracte Rémi a en partie été auto-construite.

Notre métier, c’est du vélo. On vise la sobriété énergétique. T’as besoin de rien, juste tes guiboles pour avancer.

Rémi, fondateur chez Véloconnect

De mon point de vue, leur travail semble difficile, exposé aux aléas climatiques et quelque peu risqué dans une ville plutôt mal conçue pour les déplacements à vélo, surtout en centre-ville. Clément me répond du tac au tac : “En 2021, c’est quoi le pire ? C’est nous, ou c’est le mec qui bosse aux presses dans une entreprise de découpage l’été quand il fait 50 degrés, dans le bruit à faire toujours le même truc répétitif ?” Vu comme ça, effectivement.

La pluie, on s’en fout. Il faut avoir un bon K-way, c’est tout !

Clément, fondateur de Véloconnect

Rémi me parle également de la démarche Négawatt qui encourage les citoyens à prioriser les besoins énergétiques essentiels, dans les usages individuels et collectifs de l’énergie. “Pour avoir un comportement rationnel dans une entreprise de livraison à vélo, tu commences par pouvoir réparer toi même ton vélo en toutes circonstances. T’es à Minjoz, tu crèves, tu dois pouvoir te débrouiller. Nous, dans notre métier, c’est la simplicité qui résout tous les problèmes” explique-t-il, rejoint par Clément : “Faut pas trop s’emmerder, tu peux le mettre dans l’article !” me lance-t-il en riant, juste avant de prendre son service de livraison de l’après-midi.

“Moi j’estime avoir le plus beau travail du monde. Je suis trop content quoi. Je vais au boulot tous les matins et c’est super cool” conclut Rémi, qui a quant à lui fini sa journée et va passer son après-midi à “bidouiller des vélos”.

>> Pendant un mois, notre journaliste Sarah Rebouh vous fait découvrir des entrepreneurs engagés, baptisés pour l'occasion “Les nouveaux entrepreneurs”. Loin des logiques de marchés, d’enrichissement financier et de mise en concurrence, ils créent des modèles alternatifs, pensés pour l’intérêt commun. A présent, découvrez l'histoire de l'association La Tente Beauté Mobile, implantée à Besançon.

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