TÉMOIGNAGES. Coronavirus Covid-19 : inquiétudes, chômage partiel, solidarité... paroles de commerçants en Franche-Comté

© Maxime JEGAT/MaxPPP
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Face à la progression de l’épidémie de coronavirus en France, les pouvoirs publics ont pris des mesures plus radicales. Tous les lieux non essentiels recevant du public sont désormais fermés. Les commerçants de Franche-Comté réagissent. Détails.
 

Par Sarah Rebouh

Même si nombre d'entre-eux s'y attendaient depuis plusieurs jours, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe du côté des commerçants francs-comtois, contraints comme tous les commerces français "non essentiels" à fermer leurs portes dès ce samedi 14 mars à minuit, au moins jusqu'au 15 avril, selon un décret paru ce dimanche 15 mars au Journal officiel.

Cette mesure est inédite. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, jamais les commerces, bars, restaurants, cinémas, discothèques n'ont été fermées en France. Restent en revanche ouverts les magasins et marchés alimentaires, les pharmacies, les stations essence, les banques ainsi que les bureaux de tabac et de presse. "Aujourd’hui, nous sommes dans une situation dramatiquement historique pour notre secteur, ce qui nécessite un soutien de grande ampleur pour l’ensemble de nos entreprises" écrit l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie

Alors que le président de la République Emmanuel Macron n'avait pas annoncé ces mesures lors de son allocution de jeudi soir, le Premier ministre Edouard Philippe a enfoncé le clou, 48 heures après. 

Quelques minutes plus tard, l'ensemble de la profession, notamment les bars et les restaurants de la région ont diffusé sur les réseaux sociaux leurs annonces de fermeture, "jusqu'à nouvel ordre". De manière générale, l'inquiétude et la tristesse sont palpables du côté des commerçants. Cependant, la solidarité, le devoir de civisme et de responsabilité face à une crise sanitaire dont on ignore encore les conséquences prime pour les professionnels du secteur. 
 

"À un de ces jours"


"L’information vient de tomber aussi nous fermons les Pdz jusqu’à nouvel ordre. Courage à tous et à un de ces jours" ont publié Les Passagers du Zinc, plus vieux café-concert de Besançon. "Nous sommes, malgré le fait que Le Pixel soit essentiel à la vie de nombreux d'entre-nous, évidemment concernés par cette fermeture totale. Quoi qu'il arrive, la santé de chacun passe avant tout" a quant à lui partagé Le Pixel, café-restaurant associatif et culturel bisontin. 

"Restons forts et solidaires et soutien à tous les copains, à toute la scène culturelle bisontine (bars, salles de concerts, théâtre, etc.)" écrit la gérante du Tandem, bistrot situé lui aussi dans la capitale franc-comtoise. "En espérant que chacun de vous, et de vos proches reste en bonne santé. On se revoit tous très vite" peut-on lire sur la page Facebook du Local, bar restaurant situé en centre-ville de Montbéliard. 

Sur nos réseaux sociaux, nous avons interrogé les professionnels du secteur. Quelles réactions, quelles conséquences ? Comment s'organiser face à cette situation inédite ? Les commerçants de Franche-Comté nous ont répondu.


Une gestion des stocks problématique


Nicolas, gérant d'un restaurant à Arbois, dénonce les délais de communication du gouvernement. Selon lui, l'annonce de fermeture des commerces aurait dû être faite dès jeudi. "Déjà, annoncer ça a 19h30 un samedi pour fermé à minuit, c'est du grand n'importe quoi" écrit-il. "Ils auraient annoncé cela jeudi en même temps que les écoles pour fermeture dimanche, on aurait pu pouvoir anticiper un peu. Résultat des frigos plein donc pas mal de pertes" ajoute-t-il.

En effet, pour les restaurateurs ou encore les fleuristes se pose la question de la gestion des stocks périssables. Si certains restaurants peuvent livrer à domicile, d'autres n'en ont pas les moyens ou l'autorisation légale. Pour les fleuristes, les prix ont évidemment chuté ce week-end, afin de vendre à prix cassés les derniers bouquets de fleurs coupées.

Les restaurateurs s'organisent pour distribuer la nourriture à leurs clients avant qu'elle ne soit périmée. De plus, légalement en France, la congélation des aliments sans cellule de refroidissement, est strictement interdite. Les chefs dont les cuisines ne sont pas équipées n'ont donc pas le droit de congeler leurs stocks de nourriture, dans le but de les conserver. Pour l'instant, aucune information n'a été donnée par les autorités aux restaurateurs pour assouplir les mesures sanitaires afin de limiter le gaspillage alimentaire. 
 
© IAN LANGSDON /MaxPPP
© IAN LANGSDON /MaxPPP
 

L'incertitude financière


Les commerces, de manière générale, sont des entreprises aux économies délicates et fragiles. Nombre de professionnels craignent pour la pérennité de leur activité économique, notamment si la situation est amenée à durer. "Je suis commerçante à mon compte, certes pas de magasin mais les salons auxquels je devais participer sont annulés. C’est ma principal source de chiffre d’affaires. J’ai invité les clients à passer commande par internet pour un envoi chez eux. Donc ces prochains temps vont être raides mais je comprends ces mesures que je considère normales compte tenu de la situation" témoigne Nao, sur nos réseaux sociaux. "Commerçante indépendante, très inquiète. Quels seront les réponses de l'état pour nous soutenir durant cette crise ?" s'interroge Corinne.

"Avec la fermeture des écoles, collèges, lycées c'est le secteur des grossistes alimentaires (fruits et légumes, viandes, poissons, fromages, epicerie…...qui va souffrir) jusqu'au 5 mai. Habituellement, la perte du CA liée aux vacances scolaires de Pâques est compensé en partie par l'activité saisonnière qui se met en place dès le mois de mars. Avec le virus c'est double peine" précise quant à lui Michel.
 
© Jean-Marc Quinet/MaxPPP
© Jean-Marc Quinet/MaxPPP
 

La mise en place du chômage partiel


Contrairement à certaines entreprises qui peuvent continuer en partie leurs activités, les salariés des commerces accueillant du public vont subir massivement le chômage partiel. Des circulaires ont été envoyées aux intéressés, via l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. 

"A partir de Lundi on passe au stade 4 : comment indemniser le personnel ? Congés payés, licenciement partiel..." s'interroge le gérant de Basilic Instant, restaurant situé à Besançon.
 
"Mon mari bosse en restaurant, je peux vous dire que la claque a été terrible samedi soir quand sa patronne lui a appris la nouvelle ! Entre les pertes, les charges qui sont reconduites malgré que le restau est fermé... C'est catastrophique" lance Aurélie, via notre page Facebook.

Jean-Pierre Chedal, vice-président Commerçants de France, a demandé ce dimanche sur Europe 1 des aides financières, sans quoi de nombreuses entreprises risquent de mettre la clé sous la porte. "Dans notre secteur, à l'horizon de l'été, 50% des entreprises iront au bain", si elles ne sont pas aidées financièrement, estime-t-il. 

La Région Bourgogne-Franche-Comté a décidé d'injecter 80 millions d’euros dans l'économie locale. Ils seront mis à disposition des entreprises pour pallier les problèmes de trésorerie immédiate par trois biais : la garantie, le prêt rebond, et le différé de remboursement, a indiqué la présidente Marie-Guite Dufay vendredi 13 mars 2020. Ce dispositif sera soumis au vote des élus.

"Le plan de continuité total pour le paiement des entreprises est activé et la collectivité n’appliquera pas de pénalités aux entreprises pour les retards qui seraient pris dans le cadre des marchés publics. En parallèle de ces mesures d’urgence, la Région s’inscrira dans le sillage de l’Etat qui lancera un plan de relance en juin et travaille sur des mesures d’aides à la relocalisation" peut-on lire sur le site internet de la Région BFC. Quels que soient les secteurs, la patience reste définitivement de mise face à l'incertitude de cette situation sans précédent. 
 

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