Incendies et sécheresse : pourquoi les forêts bretonnes vont changer de visages

Après la série noire des incendies de l'été 2022 et avec les sécheresses de plus en plus fréquentes, les forêts bretonnes vont devoir s'adapter. Les forestiers de l'Office national des forêts doivent anticiper les fragilités à venir. Parmi les solutions : planter des espèces plus résistantes comme les pins maritimes ou créer des forêts "mosaïques".

C'était il y a un an, le premier gros incendie en Bretagne. Le 16 mai 2022, sur la commune de Liffré en Ille-et-Vilaine, un feu démarre sur le bord de l'autoroute A84, vraisemblablement à cause d'un mégot jeté par un automobiliste, et gagne la forêt domaniale de Rennes.

Parmi les premiers arrivés sur place, Olivier Hillairet, technicien de l'Office national des forêts (ONF) de Bretagne, est toujours sous le choc. "C'était un spectacle de désolation pour moi, dit-il. Il y avait de grandes flammes. J'avais un sentiment de découragement. C'est un ressenti d'écoeurement surtout quand on sait que c'est d'origine humaine".

Des solutions pour lutter contre l'incendie

Pendant 3 jours et 2 nuits, les flammes vont avaler 25 hectares de végétation comme des herbes basses mais aussi des hêtres et des pins. Notamment de jeunes arbustes plantés un an plus tôt. Un incendie favorisés par un sol sec à cause de la sécheresse inédite de l'été. 

On doit réinventer la forêt

Franck Muratet

Responsable Unité Territoriale 35 ONF Bretagne

Pour lutter contre ce fléau des incendies, les techniciens de l'ONF commencent à travailler sur des pistes prometteuses en matière de gestion des massifs. "On tente de réinventer la forêt de demain pour mieux prendre en compte les sécheresse et le risque-incendie" précise Franck Muratet, responsable de l'Unité Territoriale d'Ille et Vilaine à l'ONF Bretagne.

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Il poursuit : "On la réinvente en diversifiant nos essences au sein des parcelles. Si une essence est fragilisée par un stress lié à l'incendie, les autres peuvent prendre le relai et la forêt est toujours là."

Des forestiers ont aussi à leur disposition une autre arme pour lutter : les forêts-mosaïques. "On va aussi vers ce que nous appelons des futaies irrégulières. En fait, sur une même surface, l'idée est d'avoir des arbres d'âges différents avec un équilibrage bien proportionné. On sait que cela augmente la résistance au sein de la parcelle" explique Franck Muratet.

Des conséquences à long terme

Mais, à part pour les arbres calcinés, aux blessures très visibles, les conséquences et la gravité d'un incendie ne sont pas perceptibles avant plusieurs années.

Certains spécimens, pourtant touchés par le même incendie, vont avoir un sort radicalement différent. Alors que certains arbres vont mourir au bout de deux ou trois ans, d'autres vont survivre. Déjà affaiblis et fragilisés par le feu, ils vont être colonisés par des insectes presque invisibles à l'oeil nu. "Il s'agit d'insectes qu'on appelle des scolytes. De petits coléoptères qui sont des ravageurs des forêts de résineux. Ils se développent sous les écorces endommagées par l'incendie. Ils entravent la circulation de la sève" indique Olivier Hillairet de l'ONF-bretagne. Et souvent, la mort de l'arbre est la seule issue.

Après les flammes, les insectes ravageurs

L'attaque des flammes puis celles des insectes. Un scénario-catastrophe qui pourrait bien toucher une partie des massifs bretons incendiés l'été dernier.

Entre juillet et août 2022, des dizaines de départs de feux notamment ont eu lieu dans le Morbihan mais aussi dans les Monts d'Arrée. En tout, plus de 400 hectares partis en fumée. Des massifs qui vont rester sous surveillance renforcée de l'ONF pendant plusieurs mois afin de détecter la moindre évolution négative.

Les forêts sont aussi fragilisées par les sécheresses. Surtout si elles se mulitplient année après année. "C'est un peu comme un boxeur. S'il prend un coup de temps en temps, il peut le supporter. Mais si le coup est très violent et suivi de coups à répétition, il finit par tomber" regrette Isabelle Bertrand, la responsable du service "Forêts" à l'ONF-Bretagne. 

Des chenilles processionnaires venues du sud du pays

Geoffroy Perlas

Technicien forestier à l'ONF Bretagne

S'ajoutent de nouveaux phénomènes liés au réchauffement climatique. "On commence à avoir les premiers indices concrets du réchauffement climatique. Notamment avec la remontée en Bretagne de la chenille processionnaire du pin ou du chêne. Celle du pin, on la voit surtout depuis plusieurs années. Celle du chêne arrive doucement sur la Bretagne depuis 3 ans environ. Ce sont des chenilles et des papillons qu'il n'y avait pas il y a dix ans ici"  précise Geoffroy Perlas, technicien forestier à l'ONF-Bretagne. 

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Les techniciens notent également une désynchronisation dans l'environnement forestier, liée au réchauffement climatique. "On a des populations d'insectes qui sortent plus précocément alors que les oiseaux n'ont pas encore fait leur nichée. Par exemple pour les passereaux, c'est un problème car ils vont avoir du mal à nourrir leurs petits".

Les chênes et les hêtres bretons seront impactés par le réchauffement

Isabelle Bertrand

Responsable du service "Forêts" ONF Bretagne

Mais il y a déjà des évidences dramatiques pour la forêt bretonne à cause du réchauffement de la planète. Certaines espèces d'arbres en Bretagne vont souffrir davantage que d'autres. "On sait déjà que les chênes et les hêtres, qui sont la majorité des arbres en Bretagne, seront parmi les plus fragilisés . Alors pas sur toute la Bretagne mais y compris en Bretagne. Et donc on doit anticiper cela"  affirme Isabelle Bertrand.

Conséquence : certaines forêts bretonnes pourraient voir leur visage se modifier dans l'avenir. Avec par exemple, la présence de plus en plus importante de pins maritimes qui sont plus résistants face aux sécheresses et au dérèglement climatique.

La vigilance de tous

L'ONF appelle à la vigilance de tous pour protéger le plus possible la santé et la résistance des forêts bretonnes. Notamment avec l'arrivée des beaux jours et de l'été. "90 % des incendies forestiers sont d'origine humaine. Et 80 % de ces feux se produisent à moins de 50 mètres de routes ou bien de maisons." répètent à l'unisson ces spécialistes forestiers.

Un rappel pour tout le monde : il est interdit de fumer, d'allumer des feux de camp ou des barbecues en forêt ou à proximité. Dans le cas contraires, les agents assermentés de l'ONF sont à même de verbaliser. Dans ce cas, l'amende est de 135 euros.