CRISE AGRICOLE. "Avril se gave : Agriculteurs exploités". Greenpeace remplace l'enseigne du géant de l'agro-alimentaire

Ils sont arrivés très tôt, devant le siège du groupe Avril à Bruz, ce jeudi 22 février 2024. Vers 5h du matin, des militants de Greenpeace sont passés à l'action pour dénoncer le "système agro-industriel" responsable, selon eux, de la crise agricole. Le choix d'Avril est symbolique car à sa tête se trouve le président de la FNSEA. L'entreprise annonce avoir porté plainte.

"Avril se gave : Agriculteurs exploités". En lieu et place de l'enseigne du groupe Avril, à Bruz, cette banderole collée par une dizaine de militants de Greenpeace. Ces derniers sont passés à l'action, vers 5h, ce jeudi 22 février 2024.

"Coupable du mal-être paysan"

Cibler le siège social de ce géant de l'agro-industrie n'est pas anodin. Il pèse 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires et a vu ses bénéfices augmenter de 32 % entre 2021 et 2022, souligne Greenpeace. Mais, surtout, à sa tête, on trouve Arnaud Rousseau qui est aussi le président de la FNSEA. "Comment considérer sérieusement qu'il peut défendre les intérêts des paysans ?, interroge Ariane Malleret, chargée de l'agriculture pour Greenpeace. L'agro-industrie s'enrichit sur le dos des agriculteurs en pratiquant des marges colossales, elle nourrit les injustices".

Pour Greenpeace, la crise agricole est "la conséquence directe des politiques agricoles et commerciales menées depuis des années par les différents gouvernements, main dans la main avec les dirigeants de la FNSEA et les tenants de l'agro-industrie". 

L'agro-industrie est coupable de mettre en place un système économique tentaculaire où les agriculteurs perdent toute autonomie

Greenpeace

L'association pointe la question des revenus des agriculteurs et défend le "prix plancher" réclamé par la Confédération paysanne. "Car on ne peut plus accepter qu'ils ne puissent pas vivre dignement de leur métier et qu'ils vendent leur production en dessous de son prix de revient" explique Ariane Malleret.

LIRE : TÉMOIGNAGES. Agriculteurs en colère. "Ils sont pris dans un engrenage dont ils ne savent plus comment sortir"

Cette action symbolique devant le siège social d'Avril entend ainsi "dénoncer les vrais responsables de la crise agricole. L'industrie agroalimentaire est coupable du mal-être paysan, assène-t-elle. Elle est coupable de mettre en place un système économique tentaculaire où les agriculteurs perdent toute autonomie, d'empoisonner leur santé, celle des consommateurs et l'environnement".

Transition agroécologique

Opposer agriculteurs et écologie est, selon Greenpeace, "une piètre stratégie du gouvernement". La mise sur pause du plan Ecophyto ne "solutionnera pas la crise agricole" estime Ariane Malleret. Laquelle rappelle que les agriculteurs sont "les premiers touchés par la crise climatique".

À deux jours de l'ouverture du salon de l'Agriculture à Paris, Greenpeace démultiplie ses actions ce 22 février. Outre le groupe Avril, les militants ont également visé le volailler LDC, la FNSEA, Leclerc, Lactalis et Bayer. "On demande au gouvernement la mise en place de mesures structurelles fortes pour engager la transition agroécologique, indique encore Ariane Malleret. Et pour prendre à bras-le-corps la question des revenus des agriculteurs".

Plainte du groupe Avril

Dans un communiqué, le groupe Avril dit "condamner fermement cette intrusion et les dégradations commises". Il annonce également avoir déposé une plainte.

Avril rappelle que l'entreprise "a été créée par des agriculteurs adhérents à la FOP/FNSEA qui ont voulu prendre leur destin en mains et assurer des débouchés pérennes à leurs productions". Le groupe affirme que son essor s'appuie sur "un modèle qui ne verse pas de dividendes à ses actionnaires mais réinvestit les bénéfices au service du développement de l'entreprise et de filières françaises fortes".

(Avec Séverine Breton)