REPLAY. Régionales Grand Est : écotaxe, Huawei, transports, abstention... ce qu'il faut retenir du débat sur France 3

Les représentants des quatre listes qualifiées pour le second tour, Laurent Jacobelli (RN), Brigitte Klinkert (DVC), Eliane Romani (EELV-PCF-PS) et Jean Rottner (LR) étaient sur le plateau de France 3 pour un débat en direct depuis le Conseil régional du Grand Est. Retour sur les moments forts.

Les quatre candidats qualifiés pour le second tour des élections régionales dans le grand Est.
Les quatre candidats qualifiés pour le second tour des élections régionales dans le grand Est. © Delphine Lenormand, France Télévisions

Les jeux sont-ils faits après ce débat qui marque presque la fin de cette campagne des régionales dans le Grand Est ? Dix points d'avance pour le président sortant, Jean Rottner. Un taux d'abstention record au premier tour, le plus élevé en France avec 70,32%. Tout semble déjà figé (voir les résultats du premier tour).

Mais d'entrée, Laurent Jacobelli passe à l'offensive. Pour lui, rien n'est joué. L'argument est d'abord arithmétique : “l'écart entre le premier et moi, c'est 3% des inscrits” explique la tête de liste du Rassemblement national, “ce n'est rien du tout. Il suffit d'un sursaut de mobilisation pour gagner cette région. Cette victoire est à portée de main. Je lance un message d'espoir : donner six minutes de son temps pour améliorer les six années à venir.

Tout le monde veut y croire

Il n'est pas le seul à y croire. Même avec ses 10,77%, Brigitte Klinkert justifie sa présence pour ce second tour : “je n'ai pas hésité à me maintenir, j'ai consulté.” Pour la tête de liste soutenue par la majorité présidentielle, ce second tour, “c'est repartir dans une nouvelle élection. Je ne pouvais pas me contenter d'une région qui n'avance pas et je crois fortement que cette région est trop grande, avec trop d'inertie. La Communauté Européenne d'Alsace est envisageable ailleurs pour retrouver la proximité. Et pour attirer nos concitoyens vers les urnes, il faut de l'espoir.

L'espoir pour Brigitte Klinkert, même s'il est mince, c'est aussi de pouvoir compter sur des soutiens comme Roland Ries, l'ex-maire de Strasbourg ou encore Jean-Pierre Masseret, l'ex-président socialiste de la région Lorraine mais aussi la liste autonomiste alsacienne, Unser Land (3,67%). “Tous m'ont proposé de me soutenir, j'ai accepté. Il n'y avait pas de raisons de ne pas accepter. Nous partageons beaucoup notamment dans le domaine de la relance économique mais aussi de la taille des régions, trop grandes.

Eliane Romani (EELV-PS-PCF) s'est contentée de rappeler qu'il “n'y a qu'une seule liste qui représente la gauche et les écolos.” La sienne. Pas un mot envers les électeurs d'Aurélie Filippetti mais les règlements de compte se poursuivent autour de cette fusion avortée : ”Il n'y avait pas de problème sur le fond mais un problème de comportement et d'éthique. Après les insultes et les mensonges, notre discussion s'est arrêtée.” Pas un mot pour ces électeurs qui représentent pourtant près de 9% au premier tour. “Je m'adresse aux jeunes, aux femmes et aux urbains qui ne se sont pas déplacés ce dimanche” a ajouté la candidate EELV, “ne laissez pas l'abstention à la droite et l'extrême droite.

Jean Rottner, lui, ne s'est pas éternisé sur le sujet de l'abstention et de la mobilisation pour le second tour. “Moi, dès lundi matin, j'étais sur le terrain... Il faut bien faire comprendre à nos concitoyens que c'est leur vie quotidienne qui est concernée par ce choix démocratique et politique” a t-il lancé, avant de jouer la prudence : “Je ne me permettrais pas de donner les résultats de ce dimanche, ce serait prétentieux. Avec mon équipe, nous continuons et continuerons d'être sur le terrain. Il faut rester humble.

Rottner, favori, concentre les attaques

Avec ses 31,15% recueillis au premier tour, Jean Rottner sait qu'il est le grand favori et du coup, l'homme à abattre. Que ce soit son bilan ou ses propositions, le président sortant concentre tous azimuts les attaques des trois autres candidats : “la région n'a pas été à la hauteur durant cette crise sanitaire avec les jeunes“ lance Eliane Romani. “Le saupoudrage des aides économiques, ça permet de faire une longue liste pour Jean Rottner qui s'est attribué une médaille en chocolat” tacle Laurent Jacobelli, “quand on regarde les intentions d'embauche des chefs d'entreprise du Grand Est, ce sont celles qui diminuent le plus de toute la France. A coup de millions, on n'achète pas l'emploi.” “La priorité, c'est de sauver et de créer des emplois. Les grandes entreprises mais aussi les TPE et le monde agricole” poursuit Brigitte Klinkert.

Une addition de critiques auxquelles Jean Rottner répond point par point. Sur les difficultés rencontrées par la jeunesse, il explique notamment la mise en place du “parcours d'acquisition des compétences en entreprise. C'est un parcours de six mois. La région prend en charge un revenu de 500 euros pour un jeune en stage mais je veux aller plus loin.

Sur les aides économiques, il défend un bilan chiffré. “La région Grand Est accueille aujourd'hui 32% des investissements industriels du pays” dit-il fièrement, “Business France nous classe aussi parmi les premières régions de France avec 103 projets industriels étrangers; C'est conséquent. Cela représente 4.300 créations d'emplois. Vous me parlez de Huawei mais il y a aussi PSA à Metz et Mulhouse et nous les avons aidés comme Solvay Novacarb... Il y a des grandes entreprises et des grands groupes que nous soutenons, c'est clair, c'est net. Mais aussi les PME et artisans, les start up et le monde agricole.

Le clash entre Rottner et Jacobelli

Jean Rottner se justifie mais se permet aussi de noter les paradoxes qui entourent les remarques de ses adversaires et de Laurent Jacobelli en l'occurence. “La préférence locale, moi j'adore, je suis à 100% pour. Toute ma campagne électorale a été réalisée avec des entreprises locales, votre site a bien été réalisé à Paris...” Pas le temps pour Jean Rottner de poursuivre son énumération que Laurent Jacobelli le coupe : “Qu'est-ce que c'est que ces méthodes dignes de la Gestapo et de la Stasi ? Vous êtes un petit fonctionnaire enquêteur du dimanche ?” “Mettez vos actes et vos propos en adéquation avec ce que vous dites” lui répond le candidat LR. C'est finalement Eliane Romani qui joue les maitresses d'école : “Allez, parlons de choses qui intéressent nos concitoyens et des compétences de la région.

Huawei : pour ou contre

Et sur l'économie, Eliane Romani s'appuie sur la polémique qui a entouré l'arrivée du géant chinois de la téléphonie, Huawei, en Alsace, avec l'aide de la région Grand Est. “La folie, c'est de continuer à faire la même chose. La droite continue de donner de l'argent aux plus gros, zéro plus value pour les habitants du Grand Est. Il faut arrêter d'aider les entreprises qui polluent et licencient.

Avant d'accueillir des entreprises comme Amazon à Metz ou Huawei en Alsace” ajoute Laurent Jacobelli, “il faut faire des études d'impact. Amazon embauche dans un premier temps mais a ensuite un effet dévastateur sur le commerce. Sur Huawei, je suis beaucoup plus inquiet car c'est une entreprise stratégique, liée au gouvernement chinois. Il faut consacrer l'essentiel des moyens à l'artisanat et aux TPE.

Pour moi, la priorité, c'est la sortie de crise” a précisé Brigitte Klinkert, “ça veut dire maintenir et créer des emplois.” Pas un mot sur Huawei pour la ministre. Gare à l'incident diplomatique.

Concernant la mise en place d'une écotaxe au niveau régional, tous les candidats ont plus ou moins partagé la même approche. “Oui je suis favorable s'il n'y a pas d'impact sur le monde économique régional” a néanmoins précisé Jean Rottner, “tout cela ne peut se faire qu'à l'échelle de la région.” "Ce qui s'est fait en Alsace peut très bien se faire en Lorraine" a ajouté Brigitte Klinkert.

Rappel au vote

En fin de débat, seuls Eliane Romani et Laurent Jacobelli ont interpelé les électeurs. “Dimanche, allez voter” a insisté le leader du RN en fin de débat, “j'ai besoin de vous. Dimanche, allez voter.” "Je le dis, il ne faut pas laisser l'abstention à la droite et l'extrème droite" a conclu Eliane Romani, "à 85%, dans le Grand Est, nous voulons plus d'écologie et de justice sociale dans cette région. Si ces gens vont voter, alors, nous créerons la surprise. je le dis, tout est possible."

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