Féminicides conjugaux : déjà huit cas présumés dans les Hauts-de-France en 2020, dont la moitié pendant le confinement

Sur la première moitié de l'année 2020, le nombre de féminicides conjugaux présumés est en hausse dans la région par rapport à la même période l'année dernière. Huit cas ont déjà été recensés.
Lors d'une manifestation, des Amiénoises ont installé un cimetière fictif en hommage aux victimes de féminicides.
Lors d'une manifestation, des Amiénoises ont installé un cimetière fictif en hommage aux victimes de féminicides. © Céline Seignez
Chaque année, le collectif "Féminicides par compagnons ou ex" recense les décès de femmes qui apparaissent comme des meurtres par leur conjoint ou leur ex. Au niveau national, il en a déjà recensé 53. Un triste compteur à prendre avec des pincettes, car les conjoints sont parfois finalement innocentés au cours de l'enquête ou n'ont pas encore été jugés. 

Dans la région, le compte du collectif atteint déjà neuf. France 3 Hauts-de-France décompte huit affaires dans lesquelles l'enquête se porte effectivement sur la piste du féminicide. Plus de la moitié de ces drames se sont produits pendant le confinement, comme le craignaient les associations d'aide aux victimes de violences conjugales. 
 

Huit cas en six mois

Le 24 janvier, à Billy-Montigny dans le Pas-de-Calais, les corps sans vie d'un homme et d'une femme ont été retrouvés sur un parking. Il s'agissait d'un couple divorcé. D'après l'enquête, l'homme aurait tué sa femme par arme à feu avant de se suicider. Elle avait déjà déposé plusieurs mains courantes. 

Le 5 avril, à Carvin dans le Pas-de-Calais, les pompiers interviennent dans un domicile pour ce qu'ils pensent être un "différend familial" qui a fait plusieurs blessés. Sur place, il découvrent une femme, Jennifer, et deux de ses enfants Doriane et Timéo, dans un état critique, blessés à l'arme blanche. Malgré les tentatives de réanimation, aucune des trois victimes n'a survécu. Les trois autres enfants de cette famille recomposée étaient présents. Le compagnon a immédiatement reconnu les faits et a tenté de mettre fin à ses jours. Elle avait porté plainte contre lui pour violence en octobre 2019, mais l'affaire avait été classée sans suite. 

Le 7 avril à Saint-Quentin dans l'Aisne, Sylvie Lefaivre, une femme de 45 ans, est morte étranglée. Son conjoint était "fortement alcoolisé" quand il a été interpellé. Il a ensuite reconnu les faits. 

Le 9 avril, c'est à Amiens que Salma Laaziri, une étudiante de 20 ans, a été retrouvée morte, poignardée. L'autopsie a révélé qu'elle avait reçu plusieurs coups de couteau et qu'elle était décédée depuis plusieurs jours quand les pompiers l'ont trouvée. Son compagnon a reconnu les faits. 

Le 25 avril, à Eswars dans le Nord, Séverine Faure, une jeune femme âgée de 32 ans, est retrouvée morte. Il semblerait qu'elle était décédée depuis plusieurs jours déjà. Son compagnon a été mis en examen pour meurtre sur conjoint trois semaines après. 

Le 5 mai, à Lourches dans le Nord, le corps d'une femme est retrouvé près d'un terril. Le conjoint, âgé de 21 ans, a été interpellé. D'après Le Parisien, des sources proches de l'enquête affirment qu'il s'agissait "très vraisemblablement d'un féminicide".

Le 10 juillet, à Saint-Quentin, une femme a été abattue par balles en pleine journée, dans la ZUP Europe, devant témoins. Leur audition a permis l'interpellation du conjoint, qui a été mis en exament et placé en détention provisoire à l'issue de sa garde à vue. 

Le 16 juillet, une femme de 45 ans est morte dans une caserne de gendarmerie à Bailleul dans le Nord. Son compagnon, lui-même gendarme, est soupçonné de lui avoir tiré dessus à plusieurs reprises avec son arme de service, avant de retourner l'arme contre lui. Il a survécu à sa tentative de suicide mais se trouve dans un état grave à l'hôpital de Lille. Il ne peut pas être interrogé à l'heure actuelle. 

À noter que le collectif "Féminicides par compagnon ou ex" ajoute à ce décompte le drame survenu à Albert le 27 avril, lorsqu'une septuagénaire a été retrouvée morte dans son domicile en présence de son mari. Placé en garde à vue, il a finalement été remis en liberté sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui. Il nie toute violence et évoque une chute qui aurait coûté la vie à son épouse.

Violences intrafamiliales et confinement


Plus de la moitié des féminicides présumés dans la région ont eu lieu pendant la période de confinement. C'était l'une des craintes des associations et des pouvoirs publics. D'ailleurs dés le début des mesures de confinement, les autorités avaient constaté une augmentation du nombre d'interventions des forces de l'ordre à la suite de violences conjugales (+32% en zone gendarmerie après seulement dix jours de confinement). Des violences qui sortent parfois du cadre du couple pour s'abattre sur les enfants. Certaines semaines, les appels au 119, le numéro d'urgence pour les enfants en danger, ont augmenté de 90%.
 


Différents dispositifs ont été mis en place pour aider les victimes à signaler le plus rapidement et le plus discrètement possible les situations de violences. À Amiens, le CHU, le parquet, la police et la gendarmerie ont également signé, au début du mois de juillet, un protocole qui vise à faciliter le parcours sanitaire et judiciaire des victimes. Alors qu'elles devaient auparavant faire des allers-retours entre le commissariat et l'hôpital, elles pourront désormais signaler les faits directement depuis l'hôpital, afin que l'enquête démarre le plus tôt possible. 
 
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