Symbole de la rivalité entre la Bourgogne et la Franche-Comté : pourquoi le divorce entre les universités est devenu inéluctable

En janvier 2025, l’Université Bourgogne-Franche-Comté, ce sera terminé. Depuis leur fusion en 2015, les établissements des deux régions ont enchaîné les différends : administratifs, financiers, politiques. Les universités se séparent donc, pour former deux établissements publics expérimentaux (EPE).

Les mariages en France durent environ 15 ans. Celui de l'Université de Bourgogne et de la Franche-Comté n'en aura duré que dix. Leur union avait pourtant bien commencé. En 2012, les deux universités souhaitaient créer une communauté d’universités et établissements (COMUE), avant même la promulgation de la loi ESR qui instaure ce statut.  

“Dijon voulait même complètement fusionner au début, mais on n'a pu avoir qu’un compromis, qui est la Comue. Cette fusion n’a jamais abouti”, explique Eric Heilmann, doyen de l'UFR Lettres et Philosophie et ancien directeur d'un laboratoire de recherche et du département Information-Communication. 

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Ce sont des problèmes financiers, administratifs et politiques qui ont fini par détruire le couple universitaire.  

"On a juste ajouté une couche administrative, pour rien" 

Au niveau administratif, l'université de Bourgogne (uB) s'est toujours sentie lésée. En cause : le siège social de l'Université de Bourgogne-Franche-Comté (UBFC), situé à Besançon. 80% des postes supports y étaient aussi. Une difficulté pour gérer les 32 laboratoires, les 6 écoles doctorales ainsi que les 600 formations de l'université de Bourgogne. 

"Quand, dans mon laboratoire, on avait des frais à se faire rembourser, ça prenait 9 mois pour se faire rembourser. Je passais mon temps à faire le banquier !", s'exclame Eric Heilmann.

Descendre d'un étage pour résoudre un problème administratif ? Cela ne marchait pas comme ça à l'UBFC :"Quand j'avais des choses à valider à Dijon, on devait attendre des mois et des mois pour avoir un retour du siège de Besançon. On a juste ajouté une couche administrative, pour rien", soupire Eric. 

On se plaignait et on se demandait : mais qu'est-ce que fait la COMUE ?

Eric Heilmann

doyen de l'UFR Lettres et Philosophie

On ne sait pas si ces mêmes difficultés se retrouvaient à l'université de Franche-Comté, les directions de l'UBFC et de l'UFC ayant refusé de nous parler. Vincent Thomas, président de l'Université de Bourgogne ne veut lui aussi pas s'appesantir sur la question :"C'est du passé, maintenant il faut se focaliser sur l'avenir." 

Joseph Beritzki, secrétaire générale de l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) Bourgogne, a lui remarqué ces "crises" : "Il y a eu beaucoup de crises dans la COMUE. En 2018, il y a eu la pression de différents établissements ce qui a même forcé le président a démissionner. C’est à la suite de ça que les crises sont arrivées, on a perdu beaucoup d’argent."

Ces problèmes administratifs ont fini par peser sur les finances du couple universitaire. L'affaire qui a fait le plus parler d'elle est la perte du label d'excellence ISITE. 

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Dix millions de financement annuel, sur cinq ans, perdus

En juillet 2021, cet arrêt du label ISITE fait perdre 50 millions d'euros en cinq ans à l'Université Bourgogne-France-Comté. Une perte qui est représentative des différends animant la COMUE. C'est le manque de coopération et de structuration des deux universités qui n'a pas convaincu le jury ISITE. 

Selon Vincent Thomas, président de l'Université de Bourgogne, le jury international souhaitait que les deux universités fusionnent complètement pour continuer à avoir ce label, ce que l'Université de Franche-Comté n'était pas prête à accepter. Il ajoute : "on n'était pas assez structurés, et je partage la décision du jury ISITE". 

Lors d’une session du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, le 29 juin 2023, Mélanie Fortier (RN) avait expliqué que : "le fond du problème de la fusion manquée entre les universités de Bourgogne et de Franche-Comté" était ces financements "perdus" ou "gelés" pour la recherche, estimés à 110 millions d'euros.

Pour Eric Heilmann, le seul bénéfice apporté par la COMUE était justement l'obtention de ces gros contrats de recherche, comme le projet ISITE : "La COMUE n’a rien changé à l’attractivité des deux universités, c’était juste des questions de finance". Si même au niveau financier, ça ne collait plus, le divorce devenait inévitable.

À cause de la rivalité entre les deux régions ?

Tout mettre sur le compte de la rivalité entre la Bourgogne et Franche-Comté serait sans doute un peu exagéré. Néanmoins, les tensions régionales ont aussi rejailli sur les deux entités universitaires.

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La faculté bourguignonne souhaitait avoir un deuxième siège social à Dijon, ce qui n’a pas été accordé par le ministère. Suite à cette réponse, l'Université de Bourgogne a annoncé vouloir s’émanciper de cette fusion, en septembre 2022. "Il y a eu beaucoup de disputes sur où se situerait le siège de l’université. Certaines personnalités bourguignonnes ne voulaient pas travailler avec la Franche-Comté", nous expliquait Dominique Andolfatto, politologue, en mars 2024.

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Dans un communiqué de presse sorti le 26 avril 2022, les élus francs-comtois avaient à l'époque accusé le maire de Dijon, François Rebsamen (Fédération Progressiste, ex-PS) de vouloir "concentrer à terme dans la cité des Ducs, les leviers opérationnels de l'enseignement supérieur".

Les deux régions n'arrivaient pas à s'entendre. "Il y a eu beaucoup de questions de pilotages. Besançon se plaignait de ça, puis Dijon de ça aussi. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu des investissements plus forts à Besançon, et la région Bourgogne a manifesté son mécontentement vis-à-vis de cette situation", se rappelle Eric Heilmann.

Un mécontentement qui a conduit à la rupture du couple bourguignon franc-comtois en septembre 2022, 300 ans tout pile après sa création. 

Et quand papa et maman divorcent, ce sont souvent les enfants qui en souffrent le plus. Sur les 67 000 étudiants de l'UBFC, l'EPE "Université Bourgogne Europe" en hérite de plus de 40 000. Ceux-ci seront heureusement toujours choyés, comme le confirme Vincent Thomas : "L’enjeu prioritaire est d’assurer aux étudiants des conditions d’études et de travail, du meilleur niveau possible." 

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