Besançon : les Vaîtes, « une zone naturelle incroyable, donc une zone à défendre (ZAD) » pour les occupants

Depuis le 17 juin 2020, le quartier des Vaîtes de Besançon est investi par deux associations écologistes, Extinction Rebellion et ANV-Cop 21. Leur objectif : empêcher la construction d’un écoquartier. Mais, cette occupation signerait-elle l’avènement d’une nouvelle ZAD ?

Le Jardin des Vaîtes s'est transformé en Jardin des luttes, pour s'opposer au projet d'écoquartier.
Le Jardin des Vaîtes s'est transformé en Jardin des luttes, pour s'opposer au projet d'écoquartier. © Sophie Hienard

Sixième jour d’occupation aux Vaîtes. Après un barbecue des gilets jaunes samedi et une fête de la musique dimanche, la vie collective se dessine doucement. Les constructions se font de plus en plus nombreuses : une échelle pour monter sur la tour, les potagers fournis, des toilettes sèches, un coin cuisine, une table pour partager le repas, un abri à l’ombre pour se reposer. En bref, de quoi tenir assez longtemps. Militantes et militants s’acheminent-ils vers une ZAD ?

Lou, une des porte-paroles d’Extinction Rebellion Besançon, répond : « Le terme de ZAD peut faire un peu peur, mais c’est un terme qu’on aime bien. 34 hectares menacés par un plan de destruction, alors que c’est une zone naturelle incroyable : c’est une zone qu’on doit défendre, donc une zone à défendre. » La jeune femme et ses camarades sont résolus à occuper le terrain tant que le projet d’écoquartier n’est pas abandonné.

Le nouveau Notre-Dame-des-Landes ?

Difficile de ne pas penser à Notre-Dame-des-Landes, en voyant ces installations, et cette vie collective. Contre la construction d’un aéroport, des militants avaient alors occupé une large plaine. L’acronyme ZAD pour « zone d’aménagement différé » est ainsi devenu « zone à défendre ». Pendant plusieurs années, ce terrain est devenu le lieu d’expérimentations : autogestion, agriculture alternative, et habitations sans béton, le tout couronné par un rejet du capitalisme et du consumérisme. Les militants avaient obtenu gain de cause en janvier 2018 lorsque le gouvernement d'Edouard Philippe abandonne le projet.

« Notre-Dame des Landes, c’est une lutte pour laquelle on a de l’estime, déclare Lou. Il peut y avoir une forme de parenté avec la nôtre. » Même si personne ne vit réellement aux Vaîtes, de manière exclusive, il y a toujours une présence sur les champs. Et les cinquante occupants sont de plus en plus organisés. Lou raconte : « Tout est en train de se mettre en place. A la fois des projets de long terme comme des organisations d’événements, mais aussi des choses plus immédiates telles que ce qu’on va manger ce soir. On arrive à mieux communiquer. Il y a une belle émulation collective. »

Militantes et militants comptent bien rester : une charte pour des règles de vie commune a été établie.
Militantes et militants comptent bien rester : une charte pour des règles de vie commune a été établie. © Sophie Hienard

Déterminés à rester

« On peut aller sur du long terme, parce qu’il y a une bonne dynamique. On met en place des projets qui peuvent durer », étaye Lou, enjouée. D’autant que leur combat bénéficie aussi du soutien des riverains, et même des Bisontins habitant d’autres quartiers. Certains passent leur proposer leur aide, d’autres amènent des vivres. La porte-parole d'Extinction Rebellion explique : « Plus on vient aux Vaîtes, plus on s’attache au lieu, et plus on est déterminés à rester. C’est un trésor, une richesse à Besançon. On est là pour défendre le vivant. Et tant que les élus n’accepteront pas de revenir sur le projet, qui est anachronique et néfaste, on défendra les Vaîtes. »

A moins d’une semaine des municipales, les Vaîtes restent un sujet épineux. Pour Lou, la question est avant tout environnementale : « Notre action n’a rien à voir avec les municipales. Elle n’est pas politique, ou partisane, elle est de défendre ce qui doit être défendu. » Les écologistes attendent la décision du Conseil d’Etat, saisi par la Mairie de Besançon, concernant la reprise des travaux. Mais la jeune militante d'Extinction Rebellion l’assure, « quel que soit le résultat, on continuera à être dans la vigilance … même si la décision de justice est en notre faveur. »

Les Vaîtes, un projet d’écoquartier contesté

Situé à l’est de Besançon, le quartier des Vaîtes est principalement constitué de terres de maraîchages, et de zones humides, abritant des espèces protégées. La Ville de Besançon, et son aménageur partenaire Territoire 25, souhaitaient utiliser ces champs pour y construire un écoquartier. D'après le site de la Mairie et de Territoire 25 présentant le projet, la future résidence concernerait 23 hectares de terrain, dont 7 consacrés à 1150 logements, pour environ 3000 Bisontins. Pour l'association Les Jardins des Vaîtes, qui s'appuie sur les chiffres du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), il s'agit plutôt de 34 hectares de terrain, dont 15 hectares utilisés pour 1800 logements. Contactés, la Mairie de Besançon et l’aménageur Territoire 25 n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

Les travaux ont commencé en janvier 2019. Fin février, à la suite d'un avis défavorable du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN), la préfecture du Doubs avait ordonné l'arrêt temporaire du chantier. Celui-ci a repris en mars, après les réponses de Territoire 25 sur les interrogations posées par le CNPN. Les associations Les Jardins des Vaîtes et France nature environnement 25-90, qui s’y étaient alors opposés en raison des conséquences environnementales, et avaient déposé un recours. Le référé du tribunal administratif de mai 2019 avait ordonné la suspension des travaux. Le lendemain de cette décision, la société d’aménagement Territoire 25 avait répliqué et s’était donc pourvue en cassation devant le Conseil d’Etat, la plus grande instance administrative. La décision de ce dernier sera connue fin juin 2020.

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