Violée, frappée, prostituée : Valérie Bacot, 24 ans sous emprise jusqu'à tuer son mari

Le 13 mars 2016, Valérie Bacot tue son époux, Daniel Polette. Pendant 24 ans, cet homme l’a frappée, violée et même forcée à se prostituer. Le procès de la mère de famille s’ouvre le 21 juin à Chalon-sur-Saône devant la cour d’Assises de Saône-et-Loire.

Valérie Bacot encourait la prison à perpétuité.
Valérie Bacot encourait la prison à perpétuité. © KETTY BEYONDAS / MAXPPP

Pendant 24 ans, Valérie Bacot a vécu sous l’emprise de Daniel Polette. Cet homme, d’abord son beau-père puis son mari, l’agresse sexuellement, la brutalise et la prostitue. Le 13 mars 2016, la mère de 4 enfants passe à l’acte et tue son époux d’une balle de revolver. Son procès commencera le 21 juin prochain aux Assises de Saône-et-Loire à Chalon-sur-Saône. Les débats dureront 5 jours.

Mise en cause pour "assassinat", Valérie Bacot encourt la prison à perpétuité. Le juge d’instruction estime que la femme âgée aujourd’hui de 40 ans a agi avec préméditation. Un élément que contestent ses avocates, Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, ainsi que le comité qui s’est créé pour soutenir Valérie Bacot. Dans son autobiographie Tout le monde savait, la mère de 4 enfants témoigne sur sa vie sous emprise.

Une enfant soumise à la violence

Valérie Bacot, née le 16 octobre 1980, évolue dès son plus jeune âge dans une ambiance familiale violente et instable. Ses parents se marient deux fois mais Roger Bacot a une personnalité effacée et ne s’intéresse pas à ses trois enfants.

Chauffeur de car touristique, cet homme discret est rarement présent au domicile familial à La Clayette (Saône-et-Loire). "Mon père, j’ai peu de souvenirs avec lui", écrit Valérie Bacot dans son livre. Joëlle Bacot, la mère de Valérie, est quant à elle alcoolique et se montre violente envers sa fille. Le couple finit par divorcer une seconde fois en 1992.

Selon son récit, la jeune fille est violée à l'âge de 5 ans par son frère aîné. Sa mère, mise au courant des années plus tard, ne réagit pas. "Ils étaient enfants, ce n’est pas très grave. Tant que ça reste dans la famille, on ne va pas en faire tout un cinéma", répond-elle dans des propos rapportés par Valérie Bacot dans son autobiographie. 

Des premiers épisodes de violence qui peuvent déterminer le seuil d'acceptation élevé de Valérie Bacot une fois adulte. "La violence exercée par une personne sur une autre personne dépend du degré de tolérance de la victime. Les victimes sont souvent des personnes qui n’ont pas été crues ou soutenues. Si elle a subi des sévices dès son plus jeune âge, elle a appris la tolérance depuis son enfance", indique le psychiatre Abderrahmane Saidi.

L’arrivée de Daniel Polette et les premières violences sexuelles

Peu après son divorce, Joëlle Bacot, la mère de Valérie, s’installe avec Daniel Polette. Valérie Bacot découvre un nouvel équilibre familial, avec une figure paternelle qui s’occupe d’elle. "Nous découvrons enfin toutes ces petites choses que les autres enfants de notre âge font avec leurs parents", témoigne-t-elle.

Mais la relation entre l’adolescente et son beau-père, 25 ans plus âgé, devient ambiguë. Un soir, Daniel Polette se rend coupable d'attouchements sur Valérie Bacot. "Elle avait 12 ans lorsqu’il a commencé à la violer. Depuis cet âge elle était sous emprise", affirme Me. Bonaggiunta. Valérie Bacot garde le silence et subit les viols multiples, craignant la violence de son beau-père. "La peur est utilisée par l’auteur des agressions, présente le psychiatre. La peur est une gestion émotionnelle. La victime se dit ‘tais-toi, subis, ça va se terminer’".

Alertées par la nature de cette relation, deux des sœurs de Daniel Polette se rendent chez les gendarmes en janvier 1995. Une enquête est ouverte et Valérie Bacot explique ce que son beau-père lui fait subir. En avril 1996, Daniel Polette est condamné à 4 ans de prison pour viol sur mineure de moins de 15 ans.

Pendant 2 ans et demi, Daniel Polette est incarcéré, mais le lien avec Valérie Bacot n’est pas rompu. Sa mère, qui s’enfonce dans l’alcool et la dépression, la force à lui rendre visite puis à répondre aux lettres qu’il lui envoie. "Il aurait mieux valu que je ne parle pas. Encore une fois, j’ai tout gâché", culpabilise l’adolescente dans son livre.

À sa sortie de prison en octobre 1997, Daniel Polette réintègre le domicile familial, sans que personne n’intervienne. Les viols reprennent dans le silence.

Un drame familial à huis clos

En 1998, la jeune femme a 17 ans. Elle tombe enceinte de son beau-père. Joëlle Bacot met sa fille à la porte. Daniel Polette lui propose d'emménager ensemble. Le couple s'installe à Baudremont, à quelques kilomètres de la Clayette. "Cette fois encore, c’est Daniel qui décide pour moi", commente-t-elle dans son autobiographie. Valérie Bacot ne revoit plus jamais sa mère.

Lorsqu’elle est tombée enceinte, elle a été mise à la porte, elle n’avait pas de métier. Personne ne la soutenait. Elle a suivi le premier venu, celui qui était là depuis qu’elle avait 12 ans.

Janine Bonaggiunta, avocate de Valérie Bacot

Le 19 février 1999, naît le premier des quatre enfants du couple. À partir de ce moment, les agressions physiques s'ajoutent aux violences sexuelles.

Lors des premiers coups, Daniel Polette s’excuse en justifiant ses gestes par le fait que Valérie Bacot l’a énervé. Un sentiment de culpabilité grandit chez la jeune femme à peine majeure. "Tout est de ma faute oui. Il faut que je fasse plus attention, pour que ça ne recommence pas". Pendant 18 ans, les coups se multiplient, jusqu’à devenir quotidiens. Et les humiliations augmentent progressivement. Daniel Polette envoie des images nues de sa conjointe sur des sites de rencontre lesbiens puis force Valérie Bacot à des rapports sexuels avec les femmes rencontrées sur ces plateformes.

Celui qui se fait surnommer "Dany" prostitue également sa partenaire sur des aires d’autoroute près de Paray-le-Monial. Les passes se déroulent dans la voiture familiale. L’homme les dirige grâce à une oreillette que porte Valérie Bacot.   

Deux tentatives d’appel à l’aide puis le passage à l’acte

La vie de Valérie Bacot est entièrement contrôlée par celui qui devient son mari le 15 novembre 2008. La jeune femme ne travaille pas, ses contacts avec le monde extérieur sont réduits au maximum et les visites de son frère cadet sont de moins en moins nombreuses.

"Il est si jaloux qu’il m’interdit de répondre à un homme qui m’adresse la parole dans la rue", précise-t-elle dans son livre. De son côté, Daniel Polette entretient ouvertement des relations extraconjugales.

Cet esprit pervers crée des stratégies. La séduction, la culpabilisation mais aussi l’isolation, c’est-à-dire faire le ménage dans ses relations.

Abderrahmane Saidi, psychiatre

Pendant des années, Valérie Bacot met de côté ses souffrances. Aidée par ses enfants, Valérie Bacot tente de prévenir la gendarmerie, qui ne prend pas au sérieux ses deux appels à l’aide à l'été puis à la fin de l'année 2012. "Alors, nous décidons de ne plus rien faire, d’abandonner le combat" écrit-elle dans son autobiographie.

Le 12 mars 2016, Daniel Polette demande à sa fille comment elle est "sexuellement". Valérie Bacot craint que son mari souhaite prostituer également leur enfant. Le lendemain, elle tente de faire ingérer des somnifères à son conjoint en les mélangeant à son café. Sans succès. Le soir-même, elle est victime d’un viol en marge d’une nouvelle passe organisée par Daniel Polette. S’en suit une violente dispute.

Valérie Bacot saisit le revolver que son mari conserve pour intervenir si une passe tournait mal. Elle lui tire une balle dans la nuque. "Un barrage vient de céder, je suis emportée par le courant sans pouvoir résister. Je veux juste que ça s’arrête, qu’il cesse de crier", décrit-elle dans Tout le monde savait.

Avec l’aide de ses deux fils aînés et du petit ami de sa fille, elle cache le corps près du chateau de La Clayette. Pour justifier la disparition de son époux, la mère de famille explique que Daniel Polette a quitté le domicile sans prévenir.

La jeune femme trouve un travail d’aide à domicile. Mais la mère du petit ami de sa fille prévient les gendarmes qui retrouvent le cadavre de Daniel Polette. Valérie Bacot est arrêtée le 2 octobre 2017 et avoue les faits devant les forces de l’ordre. Elle est mise en examen pour assassinat.

Une femme encore traumatisée mais qui change en prison

"Elle arrive en maison d’arrêt, et c’est là où elle retrouve la liberté et surtout des gens qui lui parlent. C’est à partir de là qu’elle a commencé à réfléchir", explique son avocate.

En détention, Valérie Bacot prend conscience des conditions dans lesquelles elle a vécu pendant 24 ans. Janine Bonaggiunta voit sa cliente évoluer depuis qu’elle s’est libérée de l’emprise de Daniel Polette : "Elle s’exprime d’avantage sur son ressenti. Elle sait dire ‘non’. C’est nouveau. Elle commence à comprendre que ce qu’elle vivait n’était pas normal".

Elle n’arrive pas totalement à se défaire de son bourreau. Il la hante encore terriblement.

Janine Bonaggiunta, avocate de Valérie Bacot

Pour autant, même décédé, son ex-conjoint conserve en partie son emprise. "Elle subit un stress post traumatique important. Elle a encore des réflexes. Elle ne fait toujours pas certaines choses, pensant que son bourreau n’aimerait pas qu’elle le fasse. Il est très présent dans sa manière d’être et de penser", détaille celle qui a défendu Jacqueline Sauvage avec Nathalie Tomasini. La mère de famille voit un psychologue une fois par mois.

En octobre 2018, Valérie Bacot est placée en liberté sous contrôle judiciaire. Ses deux fils et le petit ami de sa fille, ses trois complices, sont condamnés à 6 mois de prison avec sursis le 19 décembre 2019 pour "recel de cadavre".

À 40 ans, Valérie Bacot  attend son procès qui s’ouvre lundi 21 juin à Chalon-sur-Saône. Elle encourt la prison à perpétuité pour "assassinat". Une peine qu’elle trouverait justifiée d’après ses avocates. "Elle est encore dans la pensée de dire ‘je le mérite, j’ai tué un homme’. Elle ne se dit pas que les jurés pourraient être cléments. Ce n’est pas envisageable puisqu’on ne lui a jamais tendu la main", confie Me. Bonaggiunta.

Ses avocates espèrent de leur côté obtenir une condamnation à 10 ans d’emprisonnement.

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