Témoignage. "Ils ont essayé de me tuer" : Alain a été victime d'un guet-apens homophobe près de Mâcon

Publié le Écrit par Lisa Guyenne

Ce commerçant de 48 ans est tombé dans une embuscade, le 17 septembre. Alors qu'il pensait avoir rendez-vous avec un homme, ce sont en fait cinq personnes qui sont sorties d'un champ et l'ont passé à tabac, en le traitant de "sale PD".

"Le jour même, aux urgences, ils m'ont conseillé de prendre des séances chez le psychologue et j'ai refusé. Mais je crois que finalement, je vais en demander." Huit jours plus tard, Alain est encore choqué de l'agression dont il a été victime le 17 septembre. 

"J'ai vu cinq types sortir du champ de maïs avec des battes"

Ce dimanche, ce chef d'entreprise, commerçant dans le Mâconnais, convient d'un rendez-vous pour une rencontre intime avec un jeune homme. La discussion a lieu sur le site coco.fr, connu pour sa discrétion et pour l'anonymat total qu'il peut garantir. Le jeune homme fixe le lieu de rendez-vous par téléphone. "Il m'a appelé en masqué, soi-disant pour la discrétion", relate Alain. Ils se rejoignent à Saint-Martin-Belle-Roche. "Là, il est tout de suite monté en voiture et m'a dit : on va plus loin, plus à l'abri des regards." Ils se garent sur une route isolée, coincée entre un champ de maïs et l'autoroute. Et là... "Je suis à peine sorti de la voiture, j'ai vu cinq types sortir des maïs avec des battes, des manches en bois, des liteaux [des lattes de bois, ndlr]."

Alain raconte ensuite un déchaînement de violence : un premier coup à la tempe droite qui le fait chuter, puis une pluie de coups. "J'ai attendu que ça passe." Dans le même temps, ses agresseurs l'insultent.

 

"Ils m'ont dit : sale PD, tu vas crever... Ils m'ont même traité de pédophile. C'est dire s'ils mélangent tout..."

Alain

victime

Lorsqu'Alain ne bouge plus, les agresseurs lui prennent ses clés de voiture et montent à bord de son véhicule. Ils font un demi-tour puis Alain essaie de se relever. "Et là, ils ont fait une marche arrière et ont essayé de m'écraser." Alain réussit à sauter dans le fossé. Des voitures passent au loin, Alain leur fait de grands signes. Elles ne s'arrêtent pas, mais cela réussit à faire fuir les agresseurs, qui partent au volant de la Cupra d'Alain.

Le commerçant, en sang, marche alors le long de la route, environ 200 mètres jusqu'à la première maison. Il est secouru et pris en charge. Sur cette photo prise par l'habitante qui l'a recueilli, Alain apparaît la tête en sang, hagard. 

"J'ai eu 10 jours d'ITT, une double fracture du nez, la lèvre coupée, des hématomes sur tout le corps, des côtes fêlées. J'ai des acouphènes et je ne vois rien, quand j'ouvre les deux yeux, tout est flou. Mes yeux sont encore rouges et pleins de sang." En plus de ces séquelles et de l'impact psychologique, Alain s'est fait voler sa voiture, ses papiers, sa carte bleue, de l'argent liquide, son téléphone, son ordinateur, un disque dur, des factures professionnelles...

La Cupra Fomentor, un SUV haut de gamme, est aperçue une première fois à Saint-Symphorien d'Ancelles puis retrouvée trois jours plus tard à Flacé. "Elle était nettoyée, et rayée. Ils ont laissé des marques de clé partout." 

Encore choqué par la violence de l'agression

Aujourd'hui, Alain est encore "un peu perturbé", euphémise-t-il. Il l'assure : il n'a jamais connu de telle situation. Aucune agression homophobe dans le coin, pas d'ambiance particulièrement mauvaise. "Je suis quelqu'un qui s'assume, et tout ce que j'ai pu entendre jusqu'à présent, ce sont de petites réflexions qui relèvent plus de la bêtise qu'autre chose."

"Là, cette violence... C'est ça qui m'étonne. Ils ont essayé de me tuer, quand même. S'ils ne s'étaient pas enfuis, je ne sais pas ce qui me serait arrivé..."

Alain

victime

Alain a porté plainte, et a saisi deux associations dont SOS Homophobie. Contactée, la gendarmerie de Mâcon refuse de communiquer tout élément sur cette affaire pour le moment.

Un mode opératoire déjà utilisé ailleurs

Le mode opératoire des agresseurs, un rendez-vous intime qui se transforme en guet-apens, n'est pas sans rappeler celui utilisé au lac Kir à Dijon : en avril 2022, un homme a été agressé après un rendez-vous fixé sur le même site, coco.fr. Même cas de figure à Villacoublay, dans les Yvelines, en février 2022. 

► À LIRE AUSSI : " Il a crié 'mort aux pédérastes' " : y a-t-il un problème d'agressions homophobes au lac Kir ?

Coco.fr est en effet connu pour ne pas garder de traces des discussions, et permettre un anonymat complet. Ce qui laisse la porte ouverte à de nombreuses dérives. "Coco, un site de tchat connu pour être la plaque tournante de pratiques illégales", titrait même Le Monde en juin dernier, mentionnant "extorsions, pédocriminalité, arnaques"

Une cagnotte ouverte en ligne

En attendant que l'enquête avance, Alain a ouvert une cagnotte en ligne sur conseil de ses amis, car il perd de l'argent pendant qu'il est arrêté. "Mes salariés font des heures supplémentaires pour compenser mon absence, mais ils vont vite être fatigués." Avec son statut de chef d'entreprise, il n'y a pas de compensation financière en-dessous de 90 jours d'ITT. Alain explique aussi qu'il pourrait se verser un salaire avec son fonds de caisse, mais il devrait pour cela renoncer à ses ITT. Or dans ce cas, si les agresseurs étaient arrêtés, ils seraient jugés comme s'ils n'avaient pas infligé d'ITT à Alain. Il doit également payer une franchise, 600 euros, pour les réparations de sa voiture. 

La cagnotte en ligne est accessible ici, sur le site Leetchi : "Aide post-agression - zéro salaire".

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