Chevaux mutilés : rites sataniques, psychose collective... qu'ont donné les enquêtes ouvertes depuis 2020 ?

Un, deux, ou quatre ans après les affaires dites de "chevaux mutilés" qui ont touché la France, nous avons cherché à savoir ce qu'avaient donné les enquêtes en Bourgogne. Beaucoup de cas ne sont pas résolus..

Quatre ans se sont écoulés depuis les premiers signalements. Étendue à la France entière, à l'origine d'une "psychose collective" à partir de l'été 2020 : l'affaire dite des "chevaux mutilés" a occupé la Une des médias pendant des mois, y compris en Bourgogne, où plusieurs cas ont été répertoriés. Les derniers remontent à un an, juin 2023.

Depuis, qu'ont donné les enquêtes ? Des suspects ont-ils été arrêtés ? Des enquêteurs sont-ils toujours mobilisés ? D'autres cas ont-ils fait surface ? France 3 s'est intéressé aux suites de ces affaires sordides.

Une dizaine de cas en Bourgogne depuis 2020

8 AOÛT 2020 - SAÔNE-ET-LOIRE : À Cluny, une pouliche de 18 mois est retrouvée morte dans un élevage, l'oreille coupée, l'œil arraché et la vulve sectionnée.

NUIT DU 24 AU 25 AOÛT 2020 - YONNE : À Villefranche-Saint-Phal en Puisaye, Nicolas Demajean, gérant d'un refuge pour animaux, est agressé par deux hommes la nuit et blessé par un coup de "serpette" au bras. Deux de ses équidés sont également blessés. Un homme est arrêté pour cette affaire le 7 septembre 2020 dans le Haut-Rhin, mais il est relâché le lendemain.

25 AOÛT 2020 - SAÔNE-ET-LOIRE : À Saint-Vallier, une ponette de 14 mois retrouvée morte dans son pré, victime de sévices particulièrement atroces : l'oreille droite coupée, le crâne explosé, une partie du museau tranché, le diaphragme explosé. Elle a été vidée de son sang.

6 SEPTEMBRE 2020 - CÔTE-D'OR : À Losne, deux personnes armées de ce qui semble être des cutters sont surprises dans un champ en train d'affoler les chevaux. La gendarmerie et un hélicoptère sont missionnés sur place, mais ne parviennent pas à mettre la main sur les fuyards. Un cheval est blessé.

15 SEPTEMBRE 2020 - CÔTE-D'OR : À Bagnot, une jument retrouvée blessée au poitrail droit.

18 SEPTEMBRE 2020 - NIEVRE : À Champvoux, une jument d'une quinzaine d'années retrouvée morte, mutilée à la tête et aux parties génitales. L'oreille droite est coupée ainsi qu'une partie des naseaux et de la joue.

31 MAI 2022 - CÔTE-D'OR : À Fontangy, India, une jument, est retrouvée morte. Il lui manque un œil, une oreille et une mamelle. Le procureur confirme qu'il y a eu "intervention humaine".

FIN 2022 - YONNE : À Savigny-en-Terre-Plaine, un cheval mutilé. 

8 JUIN 2023 - YONNE : À Guillon-Terre-Plaine, une jument "atrocement mutilée" retrouvée morte dans son pré. Le procureur évoque des blessures à la vulve et une énucléation, la piste d'un "acte déviant".
Les gendarmes "évoquent la possibilité" d'un lien avec le cas voisin de Savigny-en-Terre-Plaine fin 2022.

"C'est un dossier sensible"

En ce mois de juin 2024, un an après le dernier fait de Guillon-Terre-Plaine, nous avons cherché à prendre des nouvelles des affaires. "À ma connaissance, ça n'a rien donné", confie un interlocuteur au parquet d'Auxerre.

"Je ne peux pas vous renseigner", nous répond-on du côté de la gendarmerie de l'Yonne. "Je vais voir ce qu'on peut divulguer ou non, étant donné que c'est un dossier sensible. Nous revenons vers vous." Mais après plusieurs jours, nous n'avons pas eu de retour.

Nous téléphonons à Jean-Louis Groguenin, maire de Guillon-Terre-Plaine. "Je n'ai aucun élément sur l'enquête", admet l'élu. Seule certitude : "Il n'y a pas eu de nouveaux faits sur la commune."

Il faut dire aussi que dans ce village de 800 habitants à cheval entre l'Yonne et la Côte-d'Or, tout au nord du Morvan, le monde paysan a d'autres problèmes, poursuit le maire.

Nous, ici, ce qui nous préoccupe, c'est plutôt le loup qui attaque les génisses

Jean-Louis Groguenin

maire de Guillon-Terre-Plaine

Le loup : un prédateur cette fois bien identifié, et qui continue de sévir. Le maire évoque des attaques récentes sur des génisses et des moutons, à Guillon et alentours. À chaque fois, l'OFB (office français de la biodiversité) a conclu ses enquêtes par la formule consacrée : "responsabilité du loup non écartée".

"Auteur inconnu"

Mais revenons à nos chevaux. Ces enquêtes-là, contrairement aux attaques du loup, ne semblent pas avoir trouvé de conclusions. 

Nous contactons les gendarmeries qui ont pris en charge, à l'époque, les autres cas signalés en Bourgogne. À la brigade de Précy-sous-Thil en Côte-d'Or, qui s'est occupé de la mort de la jument India à Fontangy, "on vous rappellera", nous assure-t-on. Mais personne ne nous rappelle.

► À LIRE AUSSI : Une jument mutilée et tuée en Côte-d'Or, les blessures résultent d'une "intervention humaine" selon le parquet

Entre temps, nous contactons le parquet de Dijon, pour ce même cas de Fontangy. La réponse est claire.

Le cas de Fontangy a été classé sans suite. Auteur inconnu

parquet de Dijon

Quid des cas dans la Nièvre ? "Je serais incapable de vous renseigner ! Il faut peut-être voir avec le Journal du Centre..." suggère un interlocuteur à la gendarmerie. Pas davantage de réponses côté Saône-et-Loire. "Pas d'information", indique la gendarmerie de Cluny, qui avait été saisie en août 2020 du cas d'une pouliche de 18 mois retrouvée mutilée. L'écurie propriétaire de la pouliche ne nous a pas non plus répondu.

 

Un mensonge à l'origine de l'emballement médiatique

Au niveau national, pourtant, ces cas de "chevaux mutilés" avaient généré une telle psychose qu'une cellule d'enquête spéciale avait été créée. En 2020-2021, plus de 500 cas de mutilations ont été signalés. Rites sataniques, défi sur les réseaux sociaux, "secte"... Les hypothèses les plus folles et les plus sordides avaient circulé.

Mais les conclusions de l'enquête nationale avaient fait retomber le soufflé : sur ces 500 cas, seuls 80 étaient imputables à l'homme. Les autres ? Des blessures entre congénères, des accidents de pré, des morts naturelles suivies d'attaques de charognards. Le premier cas signalé, qui avait déclenché un emballement médiatique, était en fait faux et monté de toutes pièces, comme le rappelle cette enquête de la Revue des médias de l'INA.

Des cas toujours pas résolus

Pour autant, les cas signalés en Bourgogne avaient été pris au sérieux. Pour le cas de Fontangy en Côte-d'Or, le procureur de Côte-d'Or Olivier Caracotch estimait à l'époque que les blessures résultaient bien d'une "intervention humaine" au vu de la "netteté des plaies" de la jument. Pour Guillon-Terre-Plaine aussi, le procureur d'Auxerre était sûr de lui : "C'est très probablement le résultat d'un acte déviant, vu le mode opératoire", rappelant que la jument avait été "affreusement mutilée".

► À LIRE AUSSI : Chevaux mutilés : une jument "affreusement tuée" dans l'Yonne, "un acte déviant"

Depuis juin 2023, aucun nouveau cas de cheval mutilé n'a été porté à la connaissance de la justice en Bourgogne. Ces affaires trouveront-elles un épilogue, un coupable ?

Il faut aussi rappeler que les affaires de mutilations sur animaux ne sont hélas pas si rares et ne se limitent pas aux chevaux. Les tribunaux en voient régulièrement passer. En juin 2022, deux jeunes de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) ont été condamnés à Dijon pour avoir massacré des moutons à coups d'Opinel. À l'audience, ils n'ont livré aucune explication rationnelle à leur geste.

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