Le Blanc cas d'école du débat sur la fermeture des maternités de proximité

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Écrit par Yacha Hajzler

Une dizaine de syndicats et d'associations de médecins invite à privilégier la sécurité des patientes et des nouveaux-nés au critère absolu de la proximité. 

"On voit se multiplier les communiqués d’associations, de collectifs et d’élus locaux dénonçant la fermeture des petites maternités. Leur inquiétude quant à l’égalité d’accès aux services publics sur tout le territoire est légitime. Mais en tant que représentants des médecins en charge des maternités, nous sommes inquiets du maintien de certaines maternités mettant en danger la vie des femmes et des nouveau-nés." 

Les représentants d'une dizaine de syndicats et d'associations de médecins ont publié le 24 février dans le Parisien une tribune intutiliée "Le maintien de certaines maternités est dangereux" qui appelle à relativiser la proximité comme unique critère d'appréciation.
 

Rédéfinir la "proximité"


"Depuis 1998, le secteur hospitalier a connu une restructuration profonde mais le seuil minimal de ressources humaines recommandé pour assurer la sécurité et la qualité des activités non programmées en gynécologie-obstétrique n’est pas mis en place partout, notamment du fait d’une démographie médicale défavorable" constatent les praticiens. 
 
Ils regrettent, par ailleurs, que le projet médical des territoires retenu par les ARS soit "trop souvent [...] le reflet de l’avis politique et non des soignants".  "La solution réside dans la réunion des acteurs territoriaux", ajoute le collectif, qui invite les politiques à impliquer davantage les hôpitaux, les cliniques et les médecins. 

La tribune réévalue également la notion de proximité, en la liant à des questions comme la qualité de la voirie et les possibilités de transfert, par exemple en hélicoptère, "des solutions fonctionnent déjà dans les pays nordiques et aux États-Unis."
 

La maternité du Blanc, cas d'école


Le cas de la maternité du Blanc est emblématique de ce conflit autour des hôpitaux de proximité.

Ses défenseurs estiment que la disparition d'une maternité au sein d'un désert médical met automatiquement en danger les futures mères et leurs bébés. La ministre Agnès Buzyn et l'ARS ont eux estimé que les pratiques du service mettaient tout autant en danger les patientes. 

Retour sur les dates-clé du dossier. 
 
  • Novembre 2011 

La maternité est pour la première fois menacée, en même temps que le service de chirurgie. Les habitants du Blanc se mobilisent 
 
  • Novembre 2012

Un an plus tard, l'ARS demande le maintien des activités de la maternité, mais préconise de rediriger les grossesses à risque vers des hôpitaux mieux équipés, comme Châteauroux ou, pour les cas les plus délicats, Poitiers.
 
  • Octobre 2017

Les craintes ressurgissent. Alors que la mutualisation des activités avec l'hôpital de Châteauroux devait pérénniser la chirurgie et la maternité, le comité de défense des usagers soutient que les investissements promis n'ont pas été réalisés. 
 
  • Juin 2018

L'ARS annonce la fermeture estivale de la maternité en raison de "difficultés majeures à remplir les plannings". Certaines gardes ne seraient pas assurées, ou par des équipes incomplètes. 

Une soixantaine d'accouchements doivent être transférés vers Châteauroux, à une heure de route, ou vers la Vienne.

"Cette décision [...] est ridicule puisqu’elle demande par voie de conséquence aux futures mamans de bien vouloir patienter pour accoucher après l’été", écrit le président de l'association des maires ruraux de l'Indre. 
 
  • Juillet 2018 

La ministre Agnès Buzyn utilise l'argument comptable. Selon elle, les postes ouverts à la maternité sont bien occupés, mais par "des intérimaires qui se font payer comme des mercenaires, à 2 000 euros la journée". 

Elle est contredite par Jean-Michel Mols, président du comité de défense, à qui un praticien a transmis ses émoluments réels, et ceux de ces confrères. 

Montant : environ 600 euros les 24h pour lui, de 650 à 800 euros pour les obstétriciens, et 500 euros pour le pédiatre. 

Quelques jours plus tard, le tribunal administratif de Limoges, saisi en référé par la maire du Blanc et une future maman, rejette la demande d'annulation de la fermeture estivale. 

Motif : aucune des deux plaignantes n'est légitime à demander cette annulation. Le tribunal estime la décision de l'ARS tout a fait légale. 
 
  • Octobre 2018

Comme craint depuis le début par les défenseurs, l'ARS annonce la fermeture définitive du service. 
 
L'Agence préconise son remplacement par un centre périnatal de proximité, qui n'assure que le suivi des grossesses. 

Elle estime que "les effectifs de la maternité du Blanc sont insuffisants" et que "les perspectives de recrutement trop incertaines". Elle pointe aussi l'absence d'un "coordinateur d'équipe présent en continu et en charge d'une stratégie de service." 

La ministre de la Santé renchérit : "L'audit qui nous a été donné montre en fait de très mauvaises pratiques dans cette maternité, avec une méconnaissance des procédures d'urgences".
 
  • Novembre 2018

La ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, accepte de recevoir les défenseurs de la maternité. 

"Quand on pense qu’on nous dit qu’on ferme la maternité parce qu’il n’y a plus de professionnels, alors que nous on a deux propositions de gens qui sont prêts à s’engager sur un projet permettant de rouvrir la maternité" regrette la maire du Blanc. 
 
  • Décembre 2018

Un bébé naît aux urgences de centre hospitalier du Blanc. La maman n'a pas eu le temps de rejoindre les maternités les plus proches, à une heure de route. Elle accouche un quart d'heure après son arrivée, selon nos confrères de France Bleu

Si la mère et le bébé sont en bonne santé, cette naissance qui a déjoué les pronostics ravive les peurs. 
 
  • Janvier 2019

Le tribunal administratif de Limoges se prononce une nouvelle fois sur la légalité de l'arrêt de l'ARS décidant de la fermeture définitive de la maternité. 

Une fois de plus, la Justice tranche en faveur de la fermeture. La même juridiction doit se prononcer maintenant sur le fond du dossier, à une date encore inconnue

En parallèle, la controverse enfle autour de la nouvelle "unité femme-enfant" créée pour pallier la fermeture. 
 
  • Février 2019 

En visite dans l'Indre, Emmanuel Macron douche les espoirs du collectif de défense : "Ce ne serait pas responsable de ma part de vous dire qu'elle va rouvrir", déclare-t-il aux élus locaux.