Agents pénitentiaires : déjà un mort en 1992 à Rouen, de nombreux cas d’agressions en Normandie

Suite à l'attaque mortelle au fourgon survenue mardi 14 mai 2024 dans l'Eure, le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti a fait référence à la mort de Francis Caron, survenu en août 1992, à la prison de Rouen. S'il s'agit du dernier agent pénitentiaire tué dans l'exercice de ses fonctions, les cas de surveillants blessés et menacés sont très fréquents en Normandie.

Alors que leur fourgon transportait un détenu, deux agents de l’administration pénitentiaire ont été tués au péage d'Incarville dans l’Eure, ce mardi 14 mai.

L'un d'eux "a été abattu comme un chien par des hommes pour qui la vie ne pèse rien", a déclaré Eric Dupont-Moretti hier. Lors de sa venue au centre pénitentiaire de Caen, le ministre de la Justice, a fait référence aux "derniers morts dans notre administration pénitentiaire". Des faits qui remontent à plus de trente ans.

Un agent tué en 1992

Samedi 15 aout 1992, Francis Caron vérifie la solidité des barreaux de la cellule 7, division 2, à la maison d’arrêt Bonne Nouvelle de Rouen. L’homme qui occupe cette cellule, un détenu récidiviste à "haut-risque", passe à l’acte.

Le détenu frappe à plusieurs reprises le gardien "avec un couteau artisanal avant de s'emparer de la barre de fer et de le frapper à nouveau", comme le racontait à l’époque le quotidien Le Monde.

Francis Caron meurt deux jours plus tard des suites de ses blessures. Le directeur de l’administration pénitentiaire au moment des faits rend alors hommage au "sérieux et à la totale maîtrise de son travail".

L’UFAP, principal syndicat des surveillants, dénonce le "laxisme insupportable de toute la hiérarchie pénitentiaire" et lance un mouvement de blocage du fonctionnement des établissements. Force Ouvrière appelle à une journée "prisons mortes".

32 ans plus tard, les choses se répètent. Suite à l’attaque mortelle d'un fourgon pénitentiaire dans l'Eure, l'intersyndicale a mis en place ce mercredi 15 mai 2024 une journée "prisons mortes".

 

Des agressions très fréquentes en Normandie

Le Ministre de la Justice doit rencontrer les syndicats des surveillants pénitentiaires ce mercredi à 14 heures. Il a rencontré les familles et collègues des agents tués lors de l'attaque mortelle du fourgon à Incarville hier. 

Si le dernier décès remonte à 1992, les cas d’agression sont très nombreux. En Normandie, rien que sur les 10 dernières années, plusieurs faits marquants sont survenus dans les prisons et maisons d’arrêts. Quand les gardiens ne sont pas sérieusement blessés, ils sont violemment menacés, notamment lors de prises d'otage.

 23 JUIN 2014 : centre pénitentiaire du Havre (Seine-Maritime)

Un détenu pointe une arme artisanale faite d'un morceau de vitre d'une trentaine de centimètres de long, sur la nuque d’un fonctionnaire. Une prise d'otage qui a duré plus de vingt minutes avant que l'agresseur soit désarmé et enfermé. Pas blessé, mais secoué par cette agression, le surveillant a été hospitalisé.

 4 JANVIER 2016 : prison de Condé-sur-Sarthe (Orne)

Il est midi lorsqu'un détenu profite de la distribution des repas pour s'en prendre à deux surveillants. Il agrippe et jette le premier à terre dans sa cellule et le menace d'une lame confectionnée de manière artisanale.

Il attire ensuite le second dans la cellule en menaçant de s'en prendre à son collègue. "Nos collègues se sont vus mourir", explique un syndicaliste le lendemain. 

3 AVRIL 2017 : centre de détention de Val-de-Reuil (Eure)

Lors d’une fouille de cellules, un détenu protestant contre son placement en quartier disciplinaire se jette sur l’un des surveillants pour tenter de l’étrangler. Il tente ensuite de planter dans la gorge d’un autre gardien une fourchette, dont les quatre dents avaient été réunies en une pique, avant d’être maîtrisé.

7 FÉVRIER 2018 : prison de Condé-sur-Sarthe (Orne)

Un surveillant pénitentiaire est agressé par un détenu qui lui porte des coups à la gorge et au visage à l'aide d'un stylo. Le médecin légiste évalue le nombre de jours d'ITT de la victime à 45 jours.

5 MARS 2019 : prison de Condé-sur-Sarthe (Orne)

Michaël Chiolo, 27 ans, venait de passer trois jours avec sa compagne dans une unité de vie familiale de la prison de Condé-sur-Sarthe, près d'Alençon. Originaire de l'est de la France, le jeune homme purgeait une peine de 30 ans en Normandie pour meurtre. Lors de ses premières années de détention, il s'était converti à l'islam radical.

Après avoir appelé deux surveillants, le couple les avait attaqués et gravement blessés avec des couteaux en céramique avant de se retrancher dans l'unité de vie familiale. Après plusieurs heures, le jeune homme était interpellé par le Raid, l'unité d'élite de la police. Son épouse, blessée durant l'assaut, n'a pas survécu

13 MARS 2023 : prison de Condé-sur-Sarthe (Orne).

En début d'après-midi, "un détenu a porté des coups à un surveillant avec un ciseau à bout rond", selon une porte-parole de l'administration pénitentiaire, avant d’être "rapidement maîtrisé". Trois surveillants sont hospitalisés pour des plaies et des contusions.