TEMOIGNAGE. Pyrénées-Orientales : entre Cerbère et le Perthus, l’afflux de migrants inquiète

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mélisande Queïnnec
Pyrénées-Orientales - à Cerbère, des migrants clandestins passent la frontière en provenance du Maghreb via l'Espagne et PortBou- 28 octobre 2021.
Pyrénées-Orientales - à Cerbère, des migrants clandestins passent la frontière en provenance du Maghreb via l'Espagne et PortBou- 28 octobre 2021. © FTV

A Cerbère, la pression migratoire augmente depuis le début de l’année. La police aux frontières a interpellé 39 passeurs au mois d’octobre contre une dizaine habituellement, un triste record qui met en exergue l’absence de structures capables d’accompagner le flux des migrants.

Ils ont attendu que la nuit tombe pour passer la frontière, surgissant sur la route entre Portbou en Espagne et Cerbère, en France. Mohammed, 20 ans, et Hocine, 25 ans, sont frères.

Tous deux sont arrivés d’Algérie pour fuir ce qu’ils décrivent comme un "chaos social et politique". Dans leur pays, on les surnomme les brûleurs, ils ont mis le feu à leurs papiers d’identité pour tenter d’éviter l’expulsion d'Europe.

Quinze jours d’errance pour traverser l'Espagne

Prêts à tout, même à mourir pour tenter leur chance en Europe, les deux ont quitté Mostaganem, au Nord-Ouest de l’Algérie, à 18 sur une embarcation de fortune. Coût du voyage : 1.800 euros.

Épuisés, désorientés, Hocine et Mohammed ne parlent pas français. Ils sont parvenus à rejoindre la France après quinze jours passés en Espagne.

Aujourd’hui, ils cherchent à rejoindre Perpignan, puis Marseille.

Il n’y a rien là-bas, en Algérie. C’est sans issue pour nous. On veut juste travailler, trouver un boulot, se construire un avenir.

Hocine.

VOIR notre reportage à Cerbère, dans les Pyrénées-Orientales.

10 000 Algériens en Espagne depuis janvier

Selon Madrid, 10.000 Algériens se sont rendus clandestinement en Espagne depuis janvier 2021. La police aux frontières a quant à elle interpellé 39 passeurs au mois d’octobre – quatre fois plus qu’en temps normal.

A Cerbère, les migrants transitent souvent via les tunnels de la SNCF, au péril de leur vie. "Jusqu’à une soixantaine dans la journée" selon David Cerdan, délégué syndical CGT-SNCF.

"Il faut absolument organiser un accueil et être capables d’orienter tous ces gens perdus…", s’alarme-t-il.

La municipalité dépassée

Le long de la voie ferrée, les barbelés récemment installés n’incitent pas vraiment à l’hospitalité. Et la municipalité de Cerbère se sent, elle, impuissante face à cette pression migratoire.

"Ce problème ne sera géré ni par les barbelés aux frontières, ni par les forces de police", relève le maire (SE) de Cerbère, Christian Grau. "Nous n’avons ni associations, ni structures qui permettent de répondre à ce flux."

L’élu s’avoue dépassé par les événements. Portbou–Cerbère constitue une nouvelle voie de l’exil pour les migrants et l’Eldorado tant espéré montre aujourd’hui ses limites.

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