Objet d'une enquête canonique, l'évêque auxiliaire de Strasbourg, Gilles Reithinger démissionne "pour raisons de santé"

L'archevêché de Strasbourg a annoncé ce 14 février la démission de l'évêque auxiliaire Gilles Reithinger pour des problèmes de santé. Soupçonné d'avoir couvert une agression sexuelle, l'homme faisait l'objet d'une enquête canonique. Aucune procédure judiciaire n'est en revanche ouverte son encontre.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

"Dès mon arrivée comme administrateur apostolique du diocèse de Strasbourg, Mgr Gilles Reithinger m’a avisé de problèmes de santé qu’il rencontrait depuis un certain temps. Cette situation ne lui permettait pas d’exercer pleinement son ministère épiscopal. Dans ces conditions, il a décidé de présenter sa renonciation au Saint-Père et ce dernier l’a acceptée. Dans le cadre concordataire, les pouvoirs publics en ont dûment été avisés. Concrètement, Mgr Reithinger n’exercera donc plus les fonctions d’évêque auxiliaire à compter de ce jour. Il devient évêque auxiliaire émérite de Strasbourg, toujours titulaire de Saint-Papoul. À l’issue du temps qui sera nécessaire, il pourra envisager la reprise de quelques activités pastorales." 

C'est par ces mots, dans un communiqué, que Philippe Ballot, administrateur apostolique de Strasbourg a annoncé la démission de l'évêque auxiliaire Gilles Reithinger, l'un des personnages les plus importants du diocèse. Une démission qui intervient dans un contexte bien particulier. En effet, l'homme, accusé d'avoir couvert une agression sexuelle en 2013, faisait l'objet d'une enquête canonique (enquête interne au sein de l'Eglise). 

Pas d'enquête judiciaire 

Dans un entretien accordé à France 3 Alsace, en juin dernier, Gilles Reithinger démentait fermement les faits qui lui étaient reprochés. "Aucune alerte de cas éventuels d'abus sexuels portés à ma connaissance n'a jamais été dissimulée, minorée ou cachée", assurait-il. Par ailleurs, il ne fait l'objet d'aucune enquête judiciaire de droit commun, ajoute son avocat Olivier Morice. 

Au diocèse de Strasbourg, on martèle que Monseigneur Reithinger a démissionné pour des raisons de santé, et pas à cause de l'enquête canonique dont il fait l'objet. "Il n'était plus en capacité d'assurer ses activités à cause de sa maladie, c'est une décision libre qu'il a prise", explique Jean-Luc Lienard, délégué général de l'administrateur apostolique. 

Il reste néanmoins évêque et prêtre. A l'avenir, il pourrait reprendre des activités moins lourdes, "par exemple continuer d'assurer la présidence de la fédération de charité", selon Jean-Luc Lienard. 

Un archevêché sinistré

Un rebondissement de plus, au sein d'un archevêché où cela ne manque pas ces derniers mois. En avril 2023, l'archevêque Monseigneur Ravel, présentait lui aussi sa démission alors que le pape avait ordonné une visite apostolique visant à enquêter sur la gestion du diocèse par l'homme d'Église que certains jugent autoritaire.

Début avril 2023, on apprenait que l'évêque auxiliaire Christian Kratz avait lui aussi été évincé du conseil de l'évêque, tout en conservant ses fonctions. Un départ forcé officiellement expliqué par sa gestion de l'affaire Emmanuel Walch, un ancien aumônier du collège épiscopal Saint-Etienne de Strasbourg accusé de viol en 2022 par une ancienne élève. Après qu'une plainte a été déposée, Emmanuel Walch s'était suicidé avec sa mère le 1er janvier 2023.

Dès 2018, Luc Ravel s'était emparé du sujet des abus sexuels dans l'Église avec la rédaction d'une lettre pastorale adressée aux prêtres et aux fidèles du diocèse. Une première en France sur le sujet. Dans cette lettre, il dénonçait "une maladie endémique dans l'Église catholique". Interrogé à l'époque par France 3 Alsace, l'archevêque de Strasbourg avouait alors qu'il ne s'était pas rendu compte de l'ampleur du phénomène. "C'est du passé. Mais du passé qui est aussi présent", indiquait-il.

Comment le diocèse de Strasbourg pourra-t-il se relever après cette succession d'affaires ? "Ça ne sera pas facile, il faut cicatriser les blessures qui sont d'abord celles des victimes ou des plaignants", reconnait Jean-Luc Lienard. "On ne ressort pas indemne mais c'est salutaire de vivre dans la vérité."

Depuis la démission de Monseigneur Ravel, le diocèse de Strasbourg n'a plus d'archevêque. C'est Philippe Ballot, administrateur apostolique qui assure la continuité. Il était donc assisté de deux évêques auxiliaires, Gilles Reithinger et Christian Kratz, ce dernier est lui aussi absent pour raisons de santé mais devrait revenir à Pâques 2024.