Covid -19 : retour sur un an de crise sanitaire en Corse

En Corse, les premiers cas dépistés de coronavirus sont enregistrés le 5 mars 2020, un mois et demi après le début de la crise sanitaire sur le continent. Une année s'est depuis écoulée. Retour sur dix dates clés de la crise sanitaire dans l'île.

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ILLUSTRATION. © Damien Meyer / AFP

En France, les premiers cas de coronavirus ont été enregistrés le 24 janvier 2020. À cette date, trois cas sont détectés, un à Bordeaux et deux à Paris. 

Les trois patients reviennent d'un séjour dans la région de Wuhan, en Chine, berceau de l'épidémie. Tous sont hospitalisés et placés à l'isolement. 

Dans l'île, les premiers cas apparaissent un mois et demi plus tard. Un an plus tard, ce 5 mars 2021, nous vous proposons un retour, en dix dates-clefs, sur l'épidémie de Covid-19 en Corse.

Dans une conférence de presse, le 5 mars 2020, le préfet de Corse d'alors, Franck Robine, et la directrice de l'Agence Régionale de Santé (ARS) de Corse, Marie-Hélène Lecenne, annoncent l'hospitalisation de trois patients, à Ajaccio, contaminés par le coronavirus

Il s'agit de trois retraités de retour d'un voyage à Mulhouse où ils ont participé à un rassemblement évangélique. Cet événement, qui s'est tenu du 15 au 24 février, a réuni environ 2.000 personnes originaires de tout le pays. 

Ces trois premiers cas sont alors considérés comme "importés", issus du cluster de Mulhouse. À cette date, la directrice de l'ARS de Corse assure que le virus ne circule pas sur le territoire insulaire. Une enquête de l'entourage des patients pris en charge est lancée. Une trentaine de personnes sont identifiées, parmi lesquelles quelques enfants.
 
En tout, cinq fidèles du centre chrétien Bethel de Corse se sont rendus en Alsace. En accord avec les autorités sanitaires, l'église ferme ses portes durant deux semaines. 

En moins d'une semaine, le nombre de contaminations ne cesse d'augmenter à Ajaccio. Le 8 mars 2020, 28 personnes sont infectées en Corse (23 à Ajaccio et cinq à Bastia). Trois personnes sont en réanimation au centre hospitalier de la Miséricorde à Ajaccio. 

Alors que trois jours plus tôt, les cas ajacciens étaient "importés", le virus circule désormais dans la cité impériale. Ainsi, la ville devient un "cluster", une zone de circulation active du virus. À cette date, elle est le septième foyer d'épidémie répertorié en France avec l'Oise, le Val d'Oise, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, Mulhouse et le Morbihan. Les services de l'État prennent de nouvelles mesures dans le but de limiter la propagation de l'épidémie. Ainsi, les rassemblements et manifestations de plus de 50 personnes, ensuite, sont interdits à Ajaccio, du 9 au 22 mars inclus. 

Ajaccio, ville Cluster, apprend à vivre avec son nouveau statut

Les bars, restaurants et commerces pourront continuer à ouvrir "normalement, à condition qu'ils n'accueillent pas plus de 50 personnes" en même temps. 

Durant ces 14 jours, toutes les manifestations sportives sont interdites dans la cité impériale à moins que ces dernières ne se jouent à huis clos, c'est-à-dire sans public, indique le préfet. Les piscines de la ville resteront également fermées.

Les élections municipales, dont le premier tour est prévu le 15 mars sont elles maintenues. 

La Corse enregistre son premier décès lié au coronavirus avec la mort d’un homme de 89 ans à l’hôpital d’Ajaccio dans la nuit du dimanche au lundi 9 mars annonce l'ARS de Corse.

À cette date, 38 patients atteints de la Covid-19 sont pris en charge dans les centres hospitaliers de l'île (5 à Bastia et 33 à Ajaccio). 

Dans le même temps, la ville ferme immédiatement ses crèches, collèges, lycées, établissements périscolaires, centre de formations d'apprentis et structure collective d'accueil des mineurs dès le lundi 9 mars pour une durée initiale de 14 jours. 

Une première en France où l'ensemble des établissements scolaires ont fermé leurs portes une semaine plus tard, le 16 mars. Pour tous les élèves concernés, une continuité pédagogique sera assurée par le biais d'un enseignement à distance, assure alors la rectrice de Corse, Julie Benetti. 

Le service de réanimation du centre hospitalier d'Ajaccio sature. Le 22 mars, Le Tonnerre, porte-hélicoptères de la marine nationale, arrive dans le port d’Ajaccio. Il doit évacuer 12 personnes atteintes de la Covid-19 vers Marseille.

Cette évacuation permet de désengorger complètement le service de réanimation de l’hôpital d’Ajaccio.

"C’est un moment important, qui exprime la solidarité nationale et qui exprime aussi que l’heure est grave. Je souhaiterais passer un mot aux Ajacciens : on met tous les moyens en œuvre, à eux maintenant de respecter les consignes, c’est complémentaire et on en a absolument besoin", déclare alors le préfet de Corse Franck Robine à l’arrivée du bateau.

À cette date, 13 lits sur 15 sont occupés. L'ARS de Corse annonce que dès la semaine suivante, le service de réanimation sera doté de 11 lits supplémentaires. Le 22 mars, la Corse enregistre 173 cas confirmés de Coronavirus et 7 décès. 

Le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, appelle à la mise en place d'un passeport sanitaire qui porterait le nom de "GreenPass". L'idée est validée par l'assemblée de Corse le 7 mai. 

Selon les plans de Gilles Simeoni, le document obligerait toute personne voulant se rendre en Corse à présenter un test de dépistage négatif de moins de sept jours. 

C'est le meilleur moyen, pour le président du conseil exécutif de Corse, de "construire une offre touristique crédible, attractive, et sécurisée sur le plan sanitaire, et d'ériger la Corse en destination confiance, eu égard aux risques générés par le Covid-19".

Problème une partie de la classe politique insulaire, des professionnels du tourisme et la chambre d'industrie et de commerce (CCI) s'y opposent fermement

"Nous continuons à considérer [le Green Pass] comme inopérant dans sa mise en œuvre et extrêmement dissuasif dans sa communication", estime alors Jean Dominici, président de la CCI de Corse.

Mais le lancement du passeport sanitaire n'a pas lieu, faute d'avoir obtenu l'accord du gouvernement.

Comme le reste des régions françaises, la Corse entame son déconfinement le 11 mai. Si dans un premier temps, le nombre de contaminations et de décès semble stagner, voire diminuer drastiquement, l'arrivée de la saison touristique change la donne. 

Durant cette période, la Corse fait face à un rebond de l'épidémie. Ainsi entre le 1er juillet et le 1er août, seuls 33 patients positifs à la Covid-19 sont détectés dans l'île. En trente jours, du 1er août au 1er septembre, le nombre d'infections est multiplié par 14, durant cette période 458 personnes sont enregistrées positives.

Pour certains, la raison est simple : les touristes importent le virus en Corse. Pour Marie-Hélène Lecenne, directrice de l’ARS de Corse, "indéniablement, ce sont les mobilités qui ont créé les conditions pour que le virus circule à nouveau."

Un brassage "tant du continent ou d’ailleurs vers l’île, qu’avec les Corses qui ont pris des vacances ou ont fait des séjours professionnels sur le continent". En juin, rappelle-t-elle, "on n’avait quasiment plus de cas."

Marie-Hélène Lecenne : "Les mobilités ont créé les conditions pour que le virus circule à nouveau"

D'autres visent les jeunes. Car en Corse, l'été rime souvent avec soirées dans les paillotes. Établissements dans lesquels les gestes barrières et le port du masque n'ont pas toujours été respectés. 

Néanmoins, pour des professionnels de santé. Cette hausse des cas de coronavirus est due au simple fait que le nombre de tests réalisés a augmenté durant l'été. 

Le 23 septembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, présente la nouvelle classification des départements en fonction de l'intensité de l'épidémie. Quatre niveaux d'alerte sont dorénavant établis. La Corse se trouve ainsi classée en zone d'alerte. 

Ainsi, dans l'île, comme dans les 67 autres territoires classés en alerte, "les fêtes, mariages, tombolas, événements associatifs, anniversaires, communions devront se tenir en petit comité, à moins de 30 personnes". Les préfets se trouvent également en position de prendre de nouvelles mesures "pertinentes" si la situation continue de se dégrader.

69 territoires sont classé en zone d'alerte par le gouvernement.
69 territoires sont classé en zone d'alerte par le gouvernement. © Ministère de la Santé

Pour établir cette nouvelle carte, trois critères ont été pris en compte : le taux d'incidence (nouveaux cas) de la maladie dans la population, celui chez les personnes âgées (population la plus vulnérable) et la proportion des malades de la Covid-19 dans les services de réanimation.

Dans l'île, entre le 14 et le 20 septembre, le taux d'incidence s'élève à 64,2 pour 100.000 habitants. Sur 6.775 personnes testées, 218 cas positifs ont été enregistrés. Selon les chiffres de Santé publique France, 28 patients sont hospitalisés (15 à Ajaccio et 13 à Bastia), cinq sont en réanimation (trois à Ajaccio et deux à Bastia). 

La Haute-Corse et la Corse-du-Sud basculent en "zone d'alerte maximale" contre la Covid-19.

Les indicateurs sont alors particulièrement mauvais : en quelques jours, le taux d’incidence a plus que doublé, passant de 93,3 cas dépistés pour 100.000 habitants (16 octobre) à 201,4 en Haute-Corse (22 octobre), et de 83,1 cas à 203,8. Les hospitalisations sont en hausse, le nombre de décès liés à la Covid-19 aussi.

Le premier ministre Jean Castex décide alors d’étendre le couvre-feu entre 21h et 6h sur l’île. Une mesure également mise en place dans 52 autres départements et prévue pour rester en place jusqu’au 5 décembre.

Le dispositif ne reste en place que quelques jours : le 28 octobre, Emmanuel Macron annonce le reconfinement de la France.

Un confinement moins dur qu’au printemps : les crèches, écoles, collèges et lycées restent ouverts "avec des protocoles sanitaires renforcés". Les cours des établissements supérieurs sont en revanche à distance. Les visites en maisons de retraite et Ehpad sont cette fois également autorisées.

Direct : 28/10/2020 20h00 : le président de la République annonce de nouvelles mesures

Les attestations sur l’honneur d’absence de symptôme de la Covid-19 et la preuve d’un passage de test PCR ou antigénique réalisé 72h avant le voyage et revenu négatif deviennent obligatoires pour se rendre en Corse.

Une mesure qui s’applique aussi bien pour les transports aériens que maritimes, et mise en place par le préfet de Corse, Pascal Lelarge, et la directrice de l’Agence régionale de santé, Marie-Hélène Lecenne.

Une attestation sur l'honneur de réalisation d'un test de dépistage et d'absence de symptôme, et la preuve d'un test RT-PCR négatif réalisé dans les dernières 72h doivent être présentés avant l'embarquement.
Une attestation sur l'honneur de réalisation d'un test de dépistage et d'absence de symptôme, et la preuve d'un test RT-PCR négatif réalisé dans les dernières 72h doivent être présentés avant l'embarquement. © Axelle Bouschon / FTV

Les autorités sanitaires et régionales veulent alors préserver le faible taux d’incidence dans l’île – de 32 pour 100.000 habitants pour la semaine du 30 novembre au 6 décembre, contre 167 pour 100.000 habitants à Lyon -.

L’objectif restant d’éviter la propagation de la pandémie, et notamment la contamination des plus âgés, alors que près de 45.000 voyageurs par semaine sont attendus sur l’île pour les fêtes de fin d’année.

La mesure, initialement annoncée jusqu’au 8 janvier, est par la suite prolongée à trois reprises. Les tests antigéniques ne sont plus acceptés à partir du 6 février. Les voyageurs sont de fait contraints à se rendre en laboratoire pour effectuer un test RT-PCR, jugé plus fiable, dans les 72h précédant leur voyage. Depuis le 1er mars, le dispositif n’a plus de date d’arrêt définie.

Les premiers vaccins contre la Covid-19 arrivent sur l’île le mercredi 6 janvier. Une arrivée en grande pompe, sous escorte des forces de l’ordre. En tout, 1950 doses du vaccin Pfizer-BioNTech sont alors livrées sur l’île, et réceptionnées par les équipes pharmaceutiques du centre hospitalier de Bastia dans la matinée.

Le bal des piqûres s’ouvre dans l’après-midi : d’abord de l’hôpital de Bastia, puis des résidents de l’Ehpad de Toga. La vaccination n’est à cette période ouverte qu’aux résidents et personnels d’établissements médico-sociaux, de même qu’à tous les personnels de santé, pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans désirants recevoir l’injection.

Mise en place depuis le 22 février dans plusieurs établissements scolaires du continent, la campagne de dépistage par tests salivaires contre la Covid-19 est prévue pour débuter le 8 mars en Corse.

Le dispositif a néanmoins été testé "en avant-première" dans une classe pilote, le 4 mars, à Ajaccio.  

Covid -19 en Corse : déploiement le 8 mars des tests salivaires en milieu scolaire

Avantage non-négligeable des prélèvements salivaires : ils sont moins invasifs qu’un écouvillon au fond du nez, nécessaire pour la réalisation des tests RT-PCR. Les autorités sanitaires espèrent ainsi récolter une plus grande adhésion à cette campagne de dépistage, basée "sur le volontariat, le consentement des parents dès lors qu'il s'agit d'enfants mineurs". 

Le résultat des tests est transmis dans les 24 heures après leur réalisation, une fois l'échantillon analysé en laboratoire.

À échelle nationale, le ministre de l'Ẻducation, Jean-Michel Blanquer, a promis un dépistage massif : 300.000 tests salivaires hebdomadaires réalisés à l'école. 

En Corse, les derniers indicateurs disponibles sur la plateforme Geodes indiquent que pour la semaine du 21 au 27 février, le taux d’incidence s’élève à 138,5 cas positifs détectés pour 100.000 habitants. C’est inférieur à la moyenne nationale : 221,7 pour 100.000 habitants.

Au 4 mars, on compte 55 personnes hospitalisées pour la Covid-19 dans un des deux hôpitaux publics insulaires. 13 sont placées en réanimation et soins intensifs.

Depuis le début de la pandémie, 148 décès ont été recensés dans les deux hôpitaux publics de Corse (82 en Corse-du-Sud et 66 en Haute-Corse). Auxquels s'ajoutent 24 décès enregistrés en Ehpad, portant le bilan total de la pandémie de coronavirus en Corse à 172 décès, tous secteurs confondus.

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