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Ascoval Saint-Saulve : de l'espoir à la “tromperie”, la reprise avortée d'Altifort en six actes

© FRANCOIS LO PRESTI / AFP & MAXPPP
© FRANCOIS LO PRESTI / AFP & MAXPPP

Les élus locaux et régionaux comme le gouvernement s'étaient énormément investis en faveur de l'offre d'Altifort.

Par Quentin Vasseur

Coup de théâtre. Les 281 salariés de l'usine Ascoval à Saint-Saulve ont vu ce midi s'éloigner la perspective d'une reprise par le groupe franco-belge Altifort, qui n'a en réalité pas l'argent promis. Retour sur plusieurs mois de faux espoirs.
 
 

Acte 1 : Altifort, le repreneur providentiel

Nous sommes en septembre 2018. Le site d'Ascoval à Saint-Saulve, près de Valenciennes, est toujours sans repreneur et l'usine se dirige vers la liquidation judiciaire.

Mais une offre de reprise apparaît : celle du groupe franco-belge Altifort, basé à Ham (Somme) qui a déjà repris des usines de Vallourec à Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre).

L'offre d'Altifort s'élève à 167 millions d'euros. Somme à laquelle s'ajoute, de la part de Vallourec, un engagement sur un nouveau volume de commande (125 000 tonnes sur 18 mois, à un prix majoré) et sur la remise en état des bâtiments.

 

Acte 2 : Vallourec dit "Non"

Ces conditions ne sont pas au pas tout à fait du goût de Vallourec, qui dans un communiqué "estime que les garanties d’un projet crédible, solide et entièrement financé ne sont pas réunies. Dans ce contexte, le groupe exclut d’apporter son soutien et sa participation financière au-delà des engagements déjà pris."

Un mois, Vallourec persiste et signe en considérant de façon officielle que le projet de reprise d'Altifort "contraire à la préservation des intérêts du groupe". Première douche froide pour les salariés.
 

Le spécialiste des tubes sans soudure souligne qu'accepter la demande d'Altifort le conduirait "à acheter à cette société son acier à des prix de plus de 30% supérieurs" à ses autres fournisseurs, "mettant en péril (ses) activités françaises et européennes". Et ce, sur des activités confrontées depuis des années à "un contexte de marché extrêmement difficile".

"C'est assez choquant, j'ai du mal à comprendre ces arguments", réagit à l'époque le directeur général d'Altifort France, Bart Gruyaert, ajoutant : "C'est un gâchis industriel. Les salariés vont payer la mauvaise gestion de Vallourec".
 
Ascoval Saint-Saulve et le plan de reprise d'Altifort : le rappel des faits

 

Acte 3 : Les politiques mettent la pression

La réponse des élus ne se fait pas attendre. Qu'il s'agisse du président (ex-LR) des Hauts-de-France Xavier Bertrand, de la sénatrice (UDI) Nord Valérie Létard, du ministre de l'Économie Bruno Le Maire ou de la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher, tous montent au créneau pour défendre l'offre franco-suisse (concurrencée par un candidat étranger : l'iranien Boost)
 

Le maire (UDI) de Valenciennes Laurent Degallaix demande à l'État de "faire plier Vallourec", qu'il accuse de "mépris".
 

Bruno Le Maire, notamment, déclare que "l'État rappellera Vallourec à ses responsabilités s'il venait à Vallourec l'idée de les oublier". Et poursuit : "On ne peut pas se désengager du site, de ses salariés aussi facilement, aussi rapidement, en s'en lavant les mains. C'est inacceptable."
 

 

Acte 4 : Altifort revoit sa copie, sans Vallourec 

Puisque ça coince du côté de Vallourec, le gouvernement propose à Altifort de présenter une offre qui n'inclut pas le groupe. Altifort doit donc revoir sa copie et l'échéance au tribunal de Strasbourg, d'abord fixée à début novembre, est finalement décalée au 12 décembre.
 

Ce petit mois supplémentair permet à Altifort de boucler son offre de reprise : il ne sera plus seulement question de sauver les 281 emplois existant, mais d'en créer 133 nouveaux !

Pour cela, le groupe franco-belge s'appuie sur un plan à 152 millions d'euros décomposés comme suit :
  • 47 millions d'euros de fonds publics "sous forme de prêt" (25 millions de l'Etat, 12 de la région Hauts-de-France et 10 de Valenciennes-Métropole)
  • 35 millions d'apport d'Altifort (10 millions en fonds propres et 25 millions via un emprunt obligataire)
  • 40 millions d'euros de crédit-bail pour le financement d'un futur train à fil
  • 30 millions d'euros d'affacturage. 
Un plan jugé "solide" par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire
 

 

Acte 5 : la justice lui donne son feu vert

Tous les avis sont favorables mais il ne reste au projet de reprise qu'une étape à passer : celle de la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg, qui rend son verdict le 19 décembre

C'est un "Oui" : la justice donne son feu vert au plan de reprise d'Ascoval à 152 millions d'euros est accepté. Le site est sauvé et ses salariés rassurés. Pendant deux mois seulement.
 

 

Acte 6 : Altifort n'a en réalité pas l'argent

Tout s'effondre ce jeudi 21 février lorsqu'on apprend dans Le Figaro qu'Altifort n'a en réalité pas les financements nécessaires pour réaliser son projet de reprise : "Aujourd'hui, Altifort n'a ni les 10 millions de fonds propres, ni les 25 millions d'euros de fonds obligataires. Comment ont-ils pu nous dire qu'ils les avaient et ne plus les avoir aujourd'hui ? Je ne m'explique pas leur attitude".

Altifort a indiqué dans un communiqué avoir "demandé en début de semaine par écrit la résolution du plan de cession d'Ascoval (...) afin de protéger les salariés d'Ascoval et du groupe". Un communiqué dans lequel le groupe admet que "les financements externes n'ont pas pu être mis en place à ce jour".

"En l'espèce, Altifort a trompé tout le monde", s'est indigné une source au cabinet du ministre de l'Économie. De son côté, le directeur général d'Altifort Bart Gruyaert a assuré qu'il "ne jette pas l'éponge" et qu'il "se concentre à trouver une solution" financière d'ici à l'audience du tribunal de Strasbourg, le 27 février.
 

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