Régionales 2021 : la sécurité au cœur des débats, mais que disent les chiffres en Bourgogne-Franche-Comté ?

La sécurité s'est invitée dans la campagne des élections régionales en Bourgogne Franche-Comté. Julien Odoul (RN) et Gilles Platret (LR), mais aussi certains candidats plus à gauche en font un thème de campagne. Mais que disent les chiffres de la délinquance ?

Bastien Faudot et Denis Thuriot proposent des mesures sécuritaires dans leurs programmes. Julien Odoul et Gilles Platret font de la sécurité un thème central.
Bastien Faudot et Denis Thuriot proposent des mesures sécuritaires dans leurs programmes. Julien Odoul et Gilles Platret font de la sécurité un thème central. © France Télévisions

"Je souhaite que la sécurité devienne une compétence régionale". La phrase est martelée par Julien Odoul (RN) lors du débat entre les 7 têtes de liste pour les Régionales 2021, ce mercredi 9 juin sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Aux questions sur la jeunesse, les transports, les lycées, l'économie, à chaque fois, c'est la question de la sécurité qui est mise en avant par certains candidats. Le candidat d'extrême-droite n'est pas le seul à porter cette thématique.

"La sécurité a été l’angle-mort de la majorité sortante. Demain, nous irons sur ces enjeux-là", a lancé Gilles Platret (LR), stigmatisant le bilan de Marie-Guite Dufay (PS) dans ce domaine. "Sur la sécurité dans les lycées comme les transports, c’est-à-dire les deux compétences la région, nous faisons le nécessaire. Nous n’avons pas mis de côté cette dimension", a alors répondu la présidente du conseil régional.

La sécurité n'est pas une compétence de la Région

Pourtant, la sécurité ne fait pas partie des compétences de la Région. Elle est une prérogative régalienne dont l’État a la gestion. Et au niveau local, ce sont les maires qui en ont la responsabilité via la mise en place d’une police municipale. Mais certaines têtes de liste pour le scrutin qui aura lieu les 20 et le 27 juin prochains estiment que le conseil régional peut s’occuper de thématiques qui ne lui sont pas octroyées. Y compris au-delà de la droite. Gilles Platret, Julien Odoul mais aussi Denis Thuriot (LREM) et Bastien Faudot (LFI) proposent en effet des mesures pour assurer la sécurité des Bourguignons et des Franc-Comtois dans leurs programmes.

"La sécurité, ce n’est pas une compétence obligatoire, mais ça peut être une compétence optionnelle", souffle la tête de liste LR qui en fait une question centrale de son programme, comme Julien Odoul. Les deux candidats établissent notamment un lien avec le traitement de la crise sanitaire par le conseil régional. En temps de coronavirus, l'assemblée présidée par Marie-Guite Dufay a notamment financé la production de ses propres masques, alors que la santé n'est pas non-plus une de ses compétences. 

La sécurité des biens et des personnes est une impérieuse priorité

Julien Odoul, tête de liste RN

Si ces têtes de liste veulent se saisir de cette compétence, c’est parce qu’elles estiment que l’insécurité a augmenté ces dernières années en Bourgogne-Franche-Comté. "Notre région est gangrenée par l’explosion de l’ultra-violence", glisse Julien Odoul dans son programme de campagne. Plus pondéré, Denis Thuriot écrit : "l’obligation d’aider à l’amélioration de la sécurité pèse sur la Région, même s’il s’agit d’une compétence régalienne qui lui échappe". La tête de liste LREM entend l’assurer dans les enceintes dont le conseil régional à la responsabilité : les lycées et les transports ferroviaires.

La 4ème région la plus sure de France

Pourtant, sur l’année 2020, la Bourgogne-Franche-Comté est la 4e région la plus sure de France selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Il met en rapport le nombre de faits délictueux ou criminels enregistrés et le nombre d’habitants dans la région. Dans le détail, 110 786 faits de violence, actes de délinquance, délits ou crimes ont été commis dans la collectivité l’année dernière pour un total de 2,7 millions de résidents.

Si l’on regarde plusieurs indicateurs, les chiffres semblent tout de même avérer certains propos des candidats à l’élection régionale 2021. Gilles Platret estime par exemple que "le nombre de cambriolages augmente hélas dans la région". Cela est vrai... en partie. Ainsi, les taux de maisons dévalisées sont en hausse de 30% depuis 20 ans. En 2000, près de 3 800 domiciles avaient été cambriolés, contre 4 960 en 2020. Mais si l’on rajoute les violations de domicile, soit le fait de s'introduire dans une demeure sans l'autorisation de son propriétaire, à l’ensemble des cambriolages dans la région, l’année 2020 marque une baisse significative avec 11 625 actes de ce type, contre 14 582 en 2019 en Bourgogne-Franche-Comté.

Autre chiffre qui fléchit, celui des vols sur des particuliers commis dans la rue et les lieux publics. Si les victimes de rapts sur l’espace public étaient 17 960 en 2017, ils sont 14 645 en 2020. La Bourgogne-Franche-Comté est la 3e collectivité la plus sure de France dans ce domaine.

Les violences physiques et sexuelles en hausse

À l’inverse, les atteintes physiques aux personnes ont augmenté dans la région. Début 2020, la Bourgogne-Franche-Comté était la 7ème région sur 13 en matière de coups et blessures. Un an plus tard, elle a reculé à la 8ème place des collectivités les plus sûres, avec 10 201 actes de ce type en 12 mois. Sur le long terme, les coups et blessures faisant l'objet de plaintes ont bondi de 137% depuis 2000 dans la région.

"Aujourd’hui, les Bourguignonnes et les Franc-comtoises ne sont plus en sécurité. Elles sont harcelées, elles sont inquiétées. Il y a un sentiment d’insécurité qui est une réalité, notamment dans les transports", avance Julien Odoul. Si nous n’avons pas de statistiques précises sur les violences commises sur les femmes dans les gares et trains, le SSMSI nous renseigne sur le nombre de violences et agressions à caractère sexuel dans la région.

La lutte contre les violences faites aux femmes est une grande cause nationale dans laquelle la Région doit jouer un rôle.

Denis Thuriot, tête de liste LREM

Celles-ci sont en hausse. En 2016, on comptait 1 999 victimes de ce type de violences en Bourgogne-Franche-Comté, contre 2 762 l’année dernière. Dans ce domaine, la région arrive 7ème sur 22 collectivités étudiées. Là-aussi, il s'agit du nombre de plaintes enregistrées.

Platret, Odoul, Thuriot, Faudot, quelles propositions ?

Quelles sont alors les mesures que proposent les têtes de liste qui font de la sécurité un enjeu du scrutin pour les Régionales ? Julien Odoul, Denis Thuriot et Gilles Platret se retrouvent sur la question de la vidéo-surveillance.

Le candidat LR comme celui LREM proposent d’installer des caméras aux abords des lycées. "Ce n’est toujours pas fait et c’est une erreur monumentale de la majorité sortante", lance la tête de liste de la droite. "Dans les lycées, nous avons un plan sécurité que nous avons travaillé avec les proviseurs", répond Marie-Guite Dufay.

À la différence de Denis Thuriot, le candidat de la droite souhaite étendre les caméras de vidéo-surveillance à toutes les communes de la région. Julien Odoul rejoint Gilles Platret sur ce point.

La tête de liste RN, mais aussi Gilles Platret et Bastien Faudot proposent de créer un poste de vice-président à la sécurité. Les trois candidats entendent également libérer des fonds dédiés à cette compétence.

Julien Odoul promet par ailleurs une aide de 5 millions d’euros par an pour les victimes de violences. Bastien Faudot souhaite redistribuer l’argent public afin de maintenir les gendarmeries dans les zones rurales avec des fonds de 10 millions d’euros par an. Quant à Gilles Platret, les dotations du conseil régional doivent selon lui servir à équiper les policiers municipaux.

Les proposition de Julien Odoul :

Les proposition de Bastien Faudot :

Les proposition de Denis Thuriot :

Les proposition de Gilles Platret :

Marie-Guite Dufay affiche une volonté : "améliorer la sécurité des usagers dans tous les transports régionaux Mobigo (TER, car, transports scolaires, covoiturage…)". Les autres têtes de liste, Stéphanie Modde (EELV) et Claire Rochet (FO) ne présentent aucune proposition sur la question sécuritaire, qui n'est pas sur le papier une compétence régionale, dans leurs programmes respectifs.

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