VIDÉO - Strasbourg : nouveau séisme de magnitude 4 à l'aube, le plus fort enregistré en deux ans

Le plus fort séisme enregistré ces deux dernières années a frappé Strasbourg (Bas-Rhin) à l'aube, ce samedi 26 juin. De nombreuses personnes ont été réveillées, la secousse ayant eu lieu à 5h00.

L'un des sismographes du centre de surveillance sismique de Strasbourg.
L'un des sismographes du centre de surveillance sismique de Strasbourg. © Dominique Gutekunst, MaxPPP

On a connu réveil plus agréable, à Strasbourg (Bas-Rhin). L'aube se levait quand un nouveau séisme a (encore) frappé la capitale alsacienne, ce samedi 26 juin 2021, à 5 heures du matin. C'est à dire pile un mois après le précédent

Il a atteint la magnitude record de 4 sur l'échelle de Richter. Cette donnée a été manuellement validée par les scientifiques du Réseau national de surveillance sismique, hébergé à l'Institut de géologie de Strasbourg. Le sismogramme de cet évènement sismique est impressionnant.

Cinq minutes après cette première secousse, une seconde de magnitude 2.3 a été enregistrée par les capteurs. Il s'agit donc d'une réplique. L'épicentre de ce séisme "induit" (causé par l'activité humaine) se trouve à La Wantzenau (Bas-Rhin), cinq kilomètres au nord de Strasbourg (voir sur la carte ci-dessous).
 


Un projet de géothermie profonde était justement établi à Reichstett (Bas-Rhin), juste à côté de La Wantzenau. Mené par l'entreprise Fonroche, il avait été arrêté après reconnaissance d'un lien entre ces activités géothermiques et la vingtaine de séismes survenue dans la région depuis le 12 novembre 2019. Ce qui n'a pas été totalement suffisant pour arrêter l'entièreté des secousses : tous les projets ont depuis été suspendus.

La présidente de l'Eurométropole de Strasbourg, Pia Imbs, a déclaré "mesurer l'émotion qu'a pu provoquer ce séisme. Je tiens à adresser tout mon soutien aux élus et aux habitants concernés. Je prends acte de ce nouvel épisode qui ne manquera pas d'alimenter les analyses menées par la mission d'information et d'évaluation installée en décembre. Elle présentera prochainement ses travaux. Les conclusions permettront d’objectiver les conséquences économiques, écologiques et patrimoniales, ainsi que les impacts en matière de préjudices moraux liés au site de géothermie."
 

Un séisme fortement ressenti, de nombreux témoignages

Le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Bas-Rhin a rapporté avoir reçu de nombreux appels en lien avec cet épisode sismique. Ils provenaient de "l'ensemble du département", pour des "demandes de renseignements", mais n'ont pas "généré d'intervention" dans un premier temps.

Vers midi, toutefois, les pompiers ont procédé à une intervention sur la rue de Périgueux, à Bichheim (Bas-Rhin). Des tuiles et des briques de cheminée avaient commencé à tomber sur la chaussée, depuis le sommet d'un bâtiment de quatre étages. Le démontage de deux cheminées fragilisées a eu lieu. Le Sdis n'a pas pu confirmer s'il y avait un lien avec le séisme.

Sur un chantier à Illkirch (Bas-Rhin), près du terminus de la ligne A du tramway de Strasbourg, la webcam de Benjamin Hofstetter a enregistré la secousse. On y aperçoit les grues tanguer, pendant une dizaine de secondes (à voir dans la vidéo ci-dessous).
 


D'après le Bureau central de sismologie français (BCSF), ce sont 423 communes qui ont ressenti ce séisme, qualifié de "modéré". Cela représente une population de 986.058 personnes, vivant dans l'est de la France et en Allemagne. Un appel à témoignages a été lancé par le BCSF pour recueillir leurs impressions. 

Plusieurs témoins venant d'un grand nombre de communes ont raconté leur ressenti du séisme à France 3 Alsace. Les personnes vivant dans les étages supérieurs, en immeubles notamment, ont logiquement un ressenti plus fort, précise le BCSF.

La secousse a été ressentie jusqu'à Obernai (à 32 km de l'épicentre) par Apo, mais pas avec violence dans son cas : "Je me suis réveillée avec la sensation que le lit tanguait tout doucement comme un va et vient, mais je n’ai pas réalisé que ça pouvait être un séisme : j’ai cru que j’avais rêvé et je me suis rendormie." Et même à Rochesson (à 100 km, Lorraine). Le ressenti a été tout autre à proximité (constater les distances sur la carte ci-dessous).
 


Des témoignages de personnes réveillées par la secousse remontent depuis :


À Strasbourg, très étendue, les témoignages sont nombreux. Par exemple, Sarah, qui vit au troisième étage derrière les Halles. Elle jouait à un jeu-vidéo au moment de la secousse : "Il y a eu un tremblement de terre horrible, ça a secoué tout mon immeuble, c'était effrayant". Vivant derrière le Conseil de l'Europe, Pénélope a été réveillée "par des vibrations très fortes et un grondement très sonore, avec la sensation d'être comme au coeur d'une explosion" : c'est la première fois en deux ans qu'un de ces séismes lui fait peur.
 

J'avais la sensation d'être comme au coeur d'une explosion.

Pénélope, habitante de Strasbourg


Toujours à Strasbourg, Delphine habite au sixième étage et a eu très peur : "Je pensais que l'immeuble allait tomber." Chez Nathalie, les "cadres sont tombés" : elle est "terrorisée" et veut que "les gens sachent ce qu'ils risquent à cause des projets de Fonroche".

À proximité, la Schilikoise Laure n'est pas rassurée : "Entre l'inondation de mon sous-sol mercredi et maintenant le séisme, cela commence à faire beaucoup. À force, je crains pour ma maison. Surtout que, a priori, les forages sont arrêtés." Lucas, ouvrier à Hoerdt, est dans le même cas : il venait de prendre son service quand ça s'est produit. "Certaines machines se sont mises en arrêt d'urgence. Car la secousse a fait que des portes sous capteurs de sécurité d'ouverture... se sont ouvertes toutes seules... C'était vraiment impressionnant et peu rassurant."

Du côté de Reichstett, où se trouve le site de géothermie, Dominique est "stupéfaite et en colère : réveil en sursaut par un bruit énorme, secousse incroyable, de nouvelles fissures sur les maisons... Effarant : après le choc, on se demande s'il y en aura un autre encore plus fort." 
 

Cellule de crise à La Wantzenau

La maire de La Wantzenau, Michèle Kannengieser, a mis en place une cellule de crise. Celle-ci a été établie devant la mairie, le rendez-vous étant donné pour 11 heures.
 


Le sujet est particulièrement sensible dans cette ville qui jouxte l'épicentre du séisme. Plusieurs dégâts ont été relevés à La Wantzenau ces derniers mois, et un collectif s'y est organisé.

La maire a déclaré : "Tous les modèles, qu'ils soient industriels, qu'ils soient scientifiques, n'ont jamais imaginé avoir une sismicité aussi importante en phase de retrait progressif de la pression. On arrive aujourd'hui à une pression quasiment naturelle. Personne ne s'explique aujourd'hui cette sismicité. C'est d'autant plus inquiétant, parce qu'on ne maîtrise absolument pas ce qu'il se passe." Michèle Kannengieser va réclamer des analyses auprès de la préfecture.
 

La maire Michèle Kannengieser (de dos, à droite) recueille les témoignages de la population à La Wantzenau, comme cette mère de famille (à gauche).
La maire Michèle Kannengieser (de dos, à droite) recueille les témoignages de la population à La Wantzenau, comme cette mère de famille (à gauche). © Isabelle Michel, France Télévisions


Activité "standard", magnitude "étonnante"

Le sismologue Jérôme Vergne explique les raisons de cette activité sismique, aussi forte et qui perdure malgré l'arrêt de la centrale géothermique de Fonroche. "Les séismes après l'arrêt des opérations d'un site de géothermie, c'est assez standard, on l'a observé ailleurs. On peut prendre l'exemple de Bâle, en 2006, des évènements sismiques pendant plusieurs années après l'arrêt. Donc, on s'y attendait, on l'observe depuis plusieurs mois."

"Ce qui est assez étonnant, c'est la magnitude. Il faut comprendre qu'on n'est pas dans un système comme un séisme naturel : gros séisme, puis répliques qui diminuent généralement en nombre et en magnitude avec le temps. Ici, le mécanisme n'est pas le même : on appelle ça des séismes induits. Liés à une injection d'un gros volume d'eau sous pression dans le sous-sol. Il va mettre un certain temps à se relaxer. On a modifié les contraintes dans ce sous-sol, ça ne se relâche pas instantanément, il faut que cette eau puisse se diffuser dans le milieu. Ça peut prendre un certain temps."

 

Le sismologue Jérôme Vergne étudiant des données sur son ordinateur, à l'Institut du Globe de Strasbourg.
Le sismologue Jérôme Vergne étudiant des données sur son ordinateur, à l'Institut du Globe de Strasbourg. © Isabelle Michel, France Télévisions


"Ça dépend de la complexité du milieu. On est plus dans ce qu'on appelle un essaim sismique. Il n'y a pas forcément un gros évènement au début et des petits après. On peut avoir des petits au début, et soudain un gros d'un coup. C'est donc très difficile de dire quand est-ce que ça va s'arrêter, et si on peut avoir un plus gros séisme ou pas."

"On ne peut pas savoir, c'est impossible de prédire ces choses-là. On essaye de les surveiller, de comprendre les mécanismes qui sont en jeu. On va continuer à avoir de la sismicité, c'est quasi-certain. Pendant plusieurs semaines, ou mois probablement. On va continuer à la surveiller, on espère tous que cette sismicité sera d'un très faible niveau, pas ressentie par la population, et juste par nos instruments."

 

Ce n'est pas du tout impossible qu'on ait un séisme de nouveau ressenti, peut-être de magnitude 4.

Jérôme Vergne, sismologue


"Mais ce n'est pas du tout impossible qu'on ait un séisme de nouveau ressenti, peut-être de magnitude 4. Et je ne peux pas exclure complètement qu'il y ait un séisme peut-être un peu plus important. On sait maintenant sur quelle structure géologique se produisent ces séismes. On sait que les évènements que les Strasbourgeois ont ressenti en 2019 sont sur la même grande structure géologique que tous ceux qu'on a ressentis à la fin de l'année 2020 et même encore ce matin."

"On connaît cette structure-là, et il y a des zones qui n'ont pas rompu. C'est important qu'on continue à surveiller, au cas où on voit un déplacement, une migration de cette sismicité. Qui là, pourrait faire rompre des segments qui n'ont pas encore rompu. Et potentiellement, si ça rompt en une seule fois, créer des séismes au moins équivalents à celui de ce matin." 

 

Historique de la sismicité strasbourgeoise

L'activité de Fonroche à Strasbourg remonte. Imaginée en 2014 (avec déjà des réserves),  l'implantation de sites de géothermie a été autorisée en 2015 au sud et à l'ouest de Strasbourg... mais pas au port aux pétroles. Celui de Vendenheim a été validé par arrêté préfectoral en 2016. Les premiers tests ont débuté en 2017; les premiers résultats du "puits géothermique le plus profond de France" furent jugés "encourageants" en 2018. Les promesses étaient grandes : chauffer l'Eurométropole avec 100% d'énergie renouvelable d'ici 2050. Le projet devait être finalisé en 2019... l'histoire en a décidé autrement.

À titre indicatif, voici la chronologie de l'activité sismique dans l'agglomération strasbourgeoise depuis la fin de l'année 2019 :

 

Plus d'informations à venir... 

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