INFOGRAPHIE. Coronavirus : France, Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas... Quelles différences dans la gestion de la crise ?

La façon dont la France gère la crise du coronavirus est-elle différente de celle de nos voisins ?
 

Outre Emmanuel Macron, le Britannique Boris Johnson, le Néerlandais Mark Rutte et la Belge Sophie Wilmès se sont également adressés à leur peuple.
Outre Emmanuel Macron, le Britannique Boris Johnson, le Néerlandais Mark Rutte et la Belge Sophie Wilmès se sont également adressés à leur peuple. © LUDOVIC MARIN / AFP, JULIAN SIMMONDS / AFP, MAXPPP, DAINA LE LARDIC / BELGA / AFP
Le gouvernement français a durci le ton, mardi 24 mars, et renforcé le confinement pour tenter d'enrayer la propagation du coronavirus Covid-19. Mais qu'en est-il de nos voisins ?

La France partage 620 km de frontière avec la Belgique, Douvres n'est distant que de 30 km avec Calais et L'Ecluse (en néerlandais, Sluis) se trouve à 90 km de Dunkerque. Les mesures prises par les gouvernements belge, britannique et néerlandais peuvent donc avoir des conséquences directes sur l'évolution de la pandémie dans le Nord Pas-de-Calais.
 
Confinement flexible, total ou pas de confinement du tout ? Quid des commerces fermés, des écoles ou des rassemblements interdits ? On fait le point.
  
 

En France


Des quatre pays, la France a été le plus rapidement touché et celui qui a donc le plus rapidement pris des mesures strictes.

Dès fin février, les préfectures ont progressivement interdit les rassemblements de plus de 5000 personnes "dans des milieux confinés", puis ceux de plus de 1000 personnes et enfin ceux de plus de 100 personnes, jusqu'à l'interdiction de tout rassemblement dans le cadre du confinement. Avant cela, déjà, les écoles avaient fermé le 16 mars.

Les Français sont donc depuis le 17 mars  (et pour une durée estimée à au moins 6 semaines) confinés à domicile et doivent se prémunir pour tout déplacement d'une attestation dérogatoire, certifiant sur l'honneur qu'il s'agit d'une sortie justifiée (courses, santé, garde d'enfant ou exercice physique). La police et la gendarmerie ont d'abord verbalisé à hauteur de 135 euros, puis de 375 euros à partir du 18 mars.
 
Dans le Nord Pas-de-Calais, plusieurs personnes se sont même retrouvés en garde à vue, comme à Bruay-la-Buissière, après des défauts d'attestation répétés.
 
Une patrouille de police dans le  centre de Lille.
Une patrouille de police dans le centre de Lille. © DENIS CHARLET / AFP

Depuis, d'autres mesures ont été prises pour limiter les déplacements : le 19 mars, les préfectures ont interdit l'accès aux plages de la Côte d'Opale, et appelé le lendemain les maires à fermer les parcs et jardins, toujours fréquentés malgré le confinement. 
 
Enfin, plusieurs villes ont instauré des couvre-feu pour limiter davantage les déplacements le soir : c'est notamment le cas à Arras, à Creil, Compiègne, Wasquehal ou Aulnoye-Aymeries, à des horaires différents. À Hautmont et Jeumont, il ne concerne que les mineurs.
 
Lundi 23 mars, le Premier ministre a annoncé un renforcement du confinement : les sorties sont désormais limitées à 1 km de son domicile, pendant une heure maximum. Une nouvelle attestation est désormais nécessaire.

Quant aux marchés à ciel ouverts, ils seront fermés mais "il sera permis aux préfet sur avis des maires de déroger cette interdiction" dans certains cas, comme lorsque le marché est "le seul moyen" d'accéder à des produits frais. La ville de Lille a notamment maintenu ses marchés extérieurs, mardi 24 mars.
 
La France compte ce mercredi 25 mars 22 635 cas avérés de contamination au Covid-19, dont 1100 personnes sont décédées.

Dans les Hauts-de-France, le bilan de l'ARS faisait état, le 24 mars, de 1532 cas confirmés, dont 123 personnes sont décédées (61 dans l'Oise, 24 dans l'Aisne, 27 dans la Somme, 8 dans le Nord et 3 dans le Pas-de-Calais).

 

En Belgique


La Belgique, touchée par la pandémie après la France, a également un peu plus tardé à réagir. La faute à l'absence d'un gouvernement officiel ? Le pays est dirigé depuis décembre 2018 par un gouvernement en affaires courantes. À la détection des premiers cas, les mesures étaient en tout cas plus souples et bien différentes de celles prises chez nous.

À Wevelgem, à la frontière, huit cas ont été détectés début mars parmi lesquels une enseignante. Pourtant, l'école dans lequel elle travaille n'est pas fermée et les élèves n'avaient pas mis en quatorzaine, contrairement à ce qui se produit alors en France. 

Il faut attendre le 11 mars pour déplorer les trois premiers décès en Belgique. Le lendemain, une ville de Knokke-Heist (33 000 habitants) se place elle-même en quarantaine. Une décision unilatérale du bourgmestre, et plutôt marginale à ce stade.
 
Le 13 mars, cependant, le gouvernement belge annonce une série de mesures radicales : les écoles sont fermées "jusqu'au 3 avril inclus", de même que les cafés, restaurants et discothèques ; les rassemblements sont annulés "peu importe leur taille et leur nature". C'est plus strict encore que la France, qui s'en tient alors au seuil des 100 personnes.

Le "lockdown" n'est alors pas à l'ordre du jour. Il se sera finalement le 18 mars, lorsque la Première ministre Sophie Wilmès annonce le confinement généralisé (jusqu'au 5 avril au moins).
 
Les règles (et exceptions) sont sensiblement les mêmes qu'en France, à deux différences près : les amendes sont plus lourdes (jusqu'à 500 euros) mais les forces de l'ordre tolèrent les rassemblements de 2 ou 3 personnes, pour l'activité sportive. Les magasins ont par ailleurs l'interdiction de faire des promotions ou des rabais, pour éviter d'attirer trop de clients.
 
Un contrôle de police en Belgique, le 24 mars.
Un contrôle de police en Belgique, le 24 mars. © ERIC LALMAND / AFP
 
Les voyages à l'étrangers qui n'étaient "pas considérés comme indispensables" sont également interdits, mais la Belgique durcit le ton le 20 mars en rétablissant des contrôles aux frontières. Un Nordiste contrôlé à Quièvrain après avoir franchi la frontière pour faire un plein d'essence et acheter du chocolat, écope même d'une amende de 4116 euros.
 
Depuis mardi 24 mars au soir, l'aéroport de Charleroi s'apprête également à fermer ses portes pour deux semaines.
 
La Belgique compte ce mercredi 25 mars 4937 cas confirmés, parmi lesquels 178 personnes sont mortes.

 

Au Royaume-Uni


Aux antipodes de la France et de la Belgique, le Royaume-Uni a eu une réponse d'autant plus tardive face au Covid-19 qu'il a d'abord privilégié la stratégie de "l'immunité collective". Ce concept scientifique, évoqué par le conseiller scientifique du gouvernement Patrick Valliance, consiste à laisser les personnes moins vulnérables attraper le virus, tout en protégeant les personnes plus à risque.

Une approche risquée, car il faudrait pour que cela fonctionne que 60% de la population soit contaminée. D'autant plus que l'on ignore encore beaucoup de choses sur ce coronavirus. "Je dois être honnête avec vous, avec le public britannique: beaucoup plus de familles vont perdre leurs proches prématurément", avait déclaré le 12 mars le Premier ministre Boris Johnson, lors d'une conférence de presse. 

Critiqué pour son absence de mesures, le gouvernement conservateur a finalement réagi par l'intermédiaire du ministre de la Santé, qui a assuré le 15 mars que "l'immunité collective n'est ni notre but ni notre politique, c'est un concept scientifique".
 
Le 17 mars, alors que la France se confine, Boris Johnson "recommande" aux Britanniques d'éviter tout contact et déplacement "non-essentiel. Il assure alors qu'il n'est "pas nécessaire" pour autant de fermer les écoles, d'interdire les rassemblements ou de fermer les lieux publics.
 
Mais le lendemain, 18 mars, le cap des 100 morts est franchi outre-Manche et le gouvernement annonce finalement la fermeture des écoles à compter du 20 mars. Les gouvernement locaux gallois et écossais avaient déjà pris les devants plus tôt dans la journée.
 
Un message affiché à l'entrée d'une école britannique pour annoncer sa fermeture.
Un message affiché à l'entrée d'une école britannique pour annoncer sa fermeture. © ANDY BUCHANAN / AFP

Le 20 mars, justement, l'étape supérieure est franchie avec la fermeture des pubs, restaurants, cinémas, théâtres et salles de gym. Le gouvernement s'engage à prendre en charge 80% des salaires. Selon Libération, la mesure aurait été prise après une menace d'Emmanuel Macroon de fermer les frontières entre les deux pays. 

Le dimanche 22 mars, le gouvernement demande aux Britanniques les plus fragiles – 1,5 millions de personnes – de rester chez eux pendant trois mois. "Si vous recevez une lettre, il est d'une importance vitale que vous agissiez pour votre propre protection, ne participiez pas à des rassemblements avec des amis ou de la famille, ne sortiez pas pour faire vos courses, pour vos loisirs ou pour voyage", indique Public Health England dans un communiqué. Le confinement ne reste qu'une simple recommandation.
 
Mais le message peine à passer. "Les chiffres sont très frappants et ils s'accélèrent", prévient Boris Johnson. Les parcs restent fréquentés et le gouvernement, en se refusant toujours à imposer le confinement, exorte sa population à suivre les consignes.
 
Peine perdue : Boris Johnson décrète finalement, lundi 23 mars, le confinement national pour trois semaines, alors que l'on compte 300 morts dans le pays. Les restrictions de déplacement sont les mêmes qu'en France et en Belgique, et les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits.
 
Un réveil tardif, mais peut-être salutaire. Le Royaume-Uni compte 422 morts sur 8164 cas diagnostiqués.
 
 

Aux Pays-Bas


Si la Grande-Bretagne a fini par revoir sa stratégie face à l'évolution de la pandémie, ce n'est pas le cas des Pays-Bas où la stratégie de "l'immunité collective" a été, d'emblée, assumée.

"La réalité, c'est aussi que dans un futur proche, une large partie de la population va etre infectée", avait averti lundi 16 mars dans une allocution télévisée le Premier ministre Mark Rutte. "C'est ce que les experts nous disent. Ils disent aussi, alors que nous attendons un vaccin ou un médicament, que nous pouvons ralentir la propagation du virus et en même temps former une immunité de groupe de manière contrôlée."
 
Le même soir, en France, Emmanuel Macron annonçait le confinement de la population. Le chef du gouvernement libéral-conservateur néerlandais, lui, excluait déjà cette option, arguant que "dans ce scénario, nous devrions fermer notre pays pendant un an ou même plus, avec toutes les conséquences", et ce alors que le virus "pourrait réapparaître immédiatement si les mesures étaient retirées".

Il avait alors malgré tout ordonné, le 15 mars, la fermeture jusqu'au 6 avril des écoles, bars, restaurants, maisons closes et "coffee shops".

Le 18 mars, le ministre des soins médicaux fait un malaise au Parlement pendant un débat consacré au Covid-19. Il indiquait alors sur Twitter souffrir "d'épuisement" à cause de "semaines intensives", et démissionne deux jours plus tard.
 
Malgré les tentatives du gouvernement néerlandais de préserver l'économie du pays, celle-ci est malgré tout frappée par la crise : on voit des producteurs de fleurs jeter par millions des tulipes, roses ou chrysanthèmes, "70% à 80% de la production totale" de fleur destinées aux autres pays européens et qui se retrouvent invendues.
 
Mardi 24 mars, Mark Rutte finit par infléchir (légèrement) sa position : les rassemblements de plus de 100 personnes sont désormais interdits, sous peine d'amende, jusqu'au 1er juin.
 
Un panneau à Rotterdam, où la ville a pris d'elle-mêmes des mesures contre la propagation du virus.
Un panneau à Rotterdam, où la ville a pris d'elle-mêmes des mesures contre la propagation du virus. © PIETER STAM DE JONGE / ANP / AFP

Le confinement de la population n'est pas encore à l'ordre du jour, mais le Premier ministre a averti qu'il s'agirait de la prochaine étape de la lutte contre la propagation du virus, si les mesures mises en place ne suffisaient pas. "J'espère que ce ne sera pas nécessaire", a-t-il précisé.
 
Les Pays-Bas comptent ce mercredi 25 mars 5585 cas confirmés de Covid-19, dont 276 personnes sont décédées.
 
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